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R.D-Congo : Après 10 années d'incarcération pour rien, Jean-Pierre Bemba acquitté par la CPI

2018-06-09 04:10:37 - C'est un coup de tonnerre qui a retenti cet après-midi de vendredi sous le ciel de la RDC où ses partisans ont accueilli avec un énorme soulagement la nouvelle de l'acquittement par la  Chambre d'Appel de la Cour Pénale Internationale (CPI), de l'opposant et ancien vice-président du dictateur Joseph Kabila, condamné il y a deux ans à 18 ans de prison. 

C'est le cas du député MLC Fidèle Babala, pour  qui « c'est un heureux aboutissement pour l'homme, sa famille biologique et politique, mais aussi pour le pays ».
 
La majorité des juges de la chambre d'appel (trois sur cinq), à savoir les juges Christine Van den Wyngaert, Chile Eboe-Osuji et Howard Morrison ont estimé que les premiers juges (juges de la Première Instance) avaient commis des « erreurs » qui « ont sérieusement entaché » leurs conclusions, et évoqué des charges formulées « de façon trop large », la « non prise en compte des mesures prises par Jean-Pierre Bemba », ou encore le fait qu'il n'y avait « aucune indication du nombre des crimes ».
 
C'est donc fort de ces éléments que la juge présidente Christine Van den Wyngaert  a prononcé « l'annulation des conclusions de culpabilité de Jean-Pierre Bemba » et son acquittement pour les charges de « crimes de guerre » et de « crimes contre l'humanité », même s'il faut relever que l'homme politique ne recouvrera pas de sitôt sa liberté,   poursuivi qu'il est dans l'affaire portant sur la subornation de témoins, d'une part, et reconnu dans une autre dite d'atteintes à l'administration de la justice, pour laquelle une décision de la Chambre de première instance VII » est attendue.
 
« Il n'y a pas lieu de le maintenir en détention » a cependant fait savoir la Chambre d'appel, recommandant au passage aux  juges de première instance d'« examiner d'urgence » la mise en liberté.
 
« La chambre de première instance a eu tort de … » ; La chambre de première instance III a commis « des erreurs à deux égards importants » ; Jean-Pierre Bemba a été condamné « à tort […] pour des actes criminels spécifiques qui étaient en dehors de la portée des charges telles que confirmées » ; « La chambre de première instance a commis une erreur dans son évaluation des motivations de M. Bemba ainsi que des mesures qu'il aurait pu prendre compte tenu des restrictions auxquelles il devait faire face, en tant que chef militaire éloigné de ses troupes déployées à l'étranger, pour enquêter sur les crimes et en poursuivre les auteurs » ; Ces phrases et d'autres dans la même veine, ont été prononcées à plusieurs reprises par les juges en appel lors de la lecture de leur décision acquittant l'homme politique congolais, dont une certaine opinion a toujours fait valoir que son arrestation participait d'une entente diabolique entre le régime Kabila et les « metteurs en scène » de la soi-disant justice internationale, dans le but de mettre hors d'état de nuire un empêcheur de… gouverner illégitimement en rond sous le prétexte des crimes commis par ses éléments lors de la première guerre civile en République Centrafricaine voisine. 
 
10 ans pour se rendre compte que les torchons n'étaient pas des serviettes ?
 
Arrêté en 2008, l'ancien vice-président congolais avait été condamné le 21 juin 2016 à 18 années de prison par la CPI,  qui l'avait reconnu coupable, en tant qu'autorité hiérarchique, de crimes contre l'humanité et de crimes de guerre, commis par les troupes de son mouvement politique, le Mouvement de libération du Congo (MLC), lors de leur intervention  en Centrafrique entre octobre 2002 et mars 2003.
 
Il s'en était fallu de peu que Jean-Pierre Bemba écope sinon de la perpétuité, du moins de près de 90 années de prison, n'eut été la confusion des peines.
 
En effet,  Jean-Pierre Bemba avait été reconnu coupable des cinq crimes mis à sa charge, et condamné respectivement à : 16 ans de prison pour meurtre comme crime de guerre ; 16 ans pour meurtre comme crime contre l'humanité ; 18 ans pour viol comme crime de guerre ; 18 ans pour viol comme crime contre l'humanité et 16 ans pour pillage comme crime de guerre. Soit un total de 84 années de prison.
 
Motivations d'une décision inédite
 
La Chambre de Première indexée aujourd'hui pour avoir eu tort dans toutes les décisions qui ont motivé ses conclusions en mars et juin 2016 avait pourtant déclaré l'accusé « coupable au-delà de tout doute raisonnable de deux chefs de crimes contre l'humanité (meurtre et viol) et de trois chefs de crimes de guerre (meurtre, viol et pillage) ».
 
La décision de ce vendredi faisant état de ce que Jean-Pierre Bemba « ne saurait être tenu pénalement responsable, au sens de l'article 28 du Statut de Rome, des crimes entrant dans le cadre de l'affaire et qui ont été commis par les troupes du MLC…» entre octobre 2002 et mars 2003.vient administrer la preuve cinglante que cette décision de justice était tout, sauf juste, en même temps qu'elle remet en question d'autres décisions qu'elle a eu à rendre jusqu'à aujourd'hui, et dont la pertinence a constamment fait l'objet de contestation ! 
 
Le cas de l'ancien président ivoirien Laurent Gbagbo dont elle a déjà rejeté plus d'une dizaine de fois la demande de liberté provisoire ou conditionnelle, en même temps qu'elle lambine au sujet de l'inculpation des acteurs qui lui faisaient face lors de la crise ivoirienne, est là pour l'illustrer.
 
D'où le souhait que la CPI  s'assagisse et se prenne elle-même au sérieux, car si les motivations obscures qui guident très souvent son action sont contestées, aucun citoyen du monde soucieux de ne pas voir prospérer la loi de la jungle ne remet en cause la nécessité de son existence. 
 
Les réactions
 
La Chambre d’appel de la #CPI a décidé, à la majorité, d’acquitter Jean-Pierre Bemba Gombo des charges de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. Communiqué de presse à venir
 
En attendant, les réactions enregistrées vendredi laissent penser que   l'acquittement de Jean-Pierre Bemba satisfait grand monde.
« Aujourd'hui est un grand jour pour les Congolais ! », a réagi l'opposant Moïse Katumbi, pour qui l'acquittement de Jean-Pierre Bemba. « montre que la vérité finit toujours par triompher. ».  « A ceux qui utilisent encore des faux procès, cette décision marque le début d'une nouvelle ère de justice pour la RDC », a-t-il ajouté.
 
A la suite de monsieur Katumbi, un autre opposant, Vital Kamerhe, président de l'Union pour la nation pour le Congo (UNC), estime sur Twitter que  « Le vrai jeu politique va commencer avec ce grand leader de la scène politique congolaise en liberté ». A cette occasion Vital Kamerhe a conseillé de ne « jamais enterrer quelqu'un avant la décision de Dieu ».
 
A l'opposé de ceux qui ont vivement salué l'acquittement, l'organisation des droits de l'homme Amnesty International, par la voix de son responsable de l'équipe « Justice internationale »,  Solomon Sacco, a affirmé que  « L'acquittement de Jean-Pierre Bemba Gombo par la CPI est un coup pour les victimes en République centrafricaine », et que  « La décision sera ressentie comme un énorme coup porté aux nombreuses victimes de la "guerre contre les femmes" menée en Centrafrique à travers une horrible campagne de viols et de violences sexuelles ». Une réaction qui fait écho à la position des deux juges qui n'ont pas approuvé la décision d'acquittement rendue par la Chambre d'appel, à savoir la juge botswanaise Sanji Mmasenono Monageng et le juge  Polonais Piotr Hofmański. Pour ces deux-là, Jean-Pierre Bemba « n'avait pas pris toutes les mesures nécessaires et raisonnables pour empêcher ou réprimer les crimes du MLC ».
 
Ndam Njoya Nzoméné et Natondi K.

: Afrique Monde