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Cameroun- Scandale: les signes précurseurs d'une présidentielle chaotique donnés par un membre du Conseil constitutionnel

2018-05-30 01:05:55 - « Les membres du Conseil Constitutionnel doivent s'abstenir de tout ce qui pourrait compromettre l'indépendance et la dignité de leurs fonctions. Ils s'interdissent en particulier, pendant la durée de leur fonction : (…) d'occuper au sein d'un parti, d'une formation politique, d'une association partisane ou syndicale, tout poste de responsabilité ou de direction, et d'une façon générale de faire apparaitre de quelque manière que ce soit leur appartenance politique ou syndicale (…) ». 

Les mots qui précèdent sont des stipulations de la loi N° 2004/005 du 21 avril 2004, portant statut des membres du Conseil Constitutionnel. Mais c'est juste bon pour être gravé sur du papier et lu par des minus. Pas pour être respecté. En tout cas, pas par ceux qui sont censés le faire. C'est le magistrat camerounais hors échelle, Jean Foumane Akame, qui vient d'en administrer la preuve, en co-signant  la motion de soutien des chefs traditionnels de la région du Sud dont sont originaires le président de la République et lui-même. Une motion de soutien qui appelle ledit président de la République, Paul Biya, fringant jeune homme de 85 ans et jouissant par conséquent de toute la vigueur nécessaire à sa charge après avoir passé ses 36 ans à la tête du Cameroun à se tuer de longs-brefs séjours  vacanciers en Suisse, à briguer pour la 7ème fois un mandat présidentiel dans le cadre de l'élection présidentielle annoncée pour octobre 2018.   
 
L'affaire fait d'autant plus scandale au Cameroun que ce monsieur qui a usé ses fonds de culotte dans les milieux du droit (vice-président de la Cour d'appel de Dschang (1969 – 1970), Conseiller et président de la chambre administrative de la Cour fédérale de justice (1970 – 1971), président de la Cour d'appel de Garoua (août 1971 – mars 1973), président de la Cour d'appel de Yaoundé (mars 1973– janvier 1974)…, secrétaire général du ministère de la Justice (09 janvier 1974 - 17 juillet 1980), ministre de l'Administration territoriale (18 juin 1983-24 août 1985), Conseiller technique à la présidence de la République et plus précisément Conseiller du président de la République chargé des questions juridiques du 22 novembre 1986 au 7 février 2018), devrait être le dernier à violer la loi au dans ce pays, dans la mesure où il a été nommé  membre du Conseil Constitutionnel, le 7 février 2018, par un Décret du Président de la République.
 
Cette nomination qui lui confère de facto comme de jure la qualité de plus fidèle interprète des lois a-t-elle produit sur lui l'effet inverse, au point où, au lieu de préserver la loi des atteintes des personnes licencieuses des gens qui pensent qu'elle est faite pour les autres, ce diseur du droit s'autorise au contraire  la fantaisie de ne même pas se cacher pour lui faire entorse en affichant son parti pris ?
 
La réponse se trouve dans cette motion de soutien  des militants du parti au pouvoir et chefs traditionnels du Sud, qui  demandent « solennellement (au président sortant qui n'a pas encore fait acte de candidature, ndlr) de se porter candidat à l'élection présidentielle de 2018, pour laquelle il est assuré de notre soutien massif, unanime et inconditionnel ». 
 
Pourra-t-on alors s'étonner quand tous les recours de l'opposition seront rejetés et Paul Biya proclamé "élu à une large majorité" par la Cour Constitutionnelle dont l'un des membres a signé au bas d'un appel où il est affirmé que « Paul Biya est notre candidat à la prochaine élection présidentielle, au regard de son bilan éloquent, de sa crédibilité nationale et internationale, diplomatique, économique, sociale et culturelle » ? 
 
Bien sûr que non ! 
 
Du coup, l'on est fondé de convenir avec "l'ingérent" –passez-nous le néologisme, Svp- ambassadeur des Etats-Unis, Peter Henry Barlerin, que pour que la prochaine élection présidentielle au Cameroun se fasse en toute sérénité et soit gage de stabilité, il faudrait que Paul Biya n'y prenne pas part. Car une chose est pour l'actuel président camerounais d'être disposé à faire des élections démocratiques –une supposition qu'il y ait jamais sérieusement et sincèrement songé- à l'issue desquelles il tirerait sa révérence s'il est battu, une toute autre est pour ses zélateurs installés par lui à toutes les strates de prise de décisions de l'Etat à charge de retour d'ascenseur, de laisser les choses se faire conformément aux règles qui président à une élection  digne de ce nom.  
 
Vu sous cet angle, il ne serait pas exagéré de penser que la prochaine élection présidentielle au Cameroun sera le nom d'un chaos... innommable! 
 
Ndam Njoya Nzoméné

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