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Cameroun- Tribunal Militaire : 90 ans de prison pour 7 activistes anglophones modérés

2018-05-26 21:41:39 - "Injustifié", "politique", "inique", "excessif, donc dérisoire", "fuite en avant !"… Les Camerounais ne trouvent pas  de mots assez forts pour qualifier le verdict prononcé vendredi contre sept (7) activistes anglophones réputés modérés par le Tribunal militaire de Yaoundé.  

Longtemps attendu depuis leur mise en détention début 2017, le verdict du Tribunal militaire de Yaoundé contre l'emblématique contestataire anglophone Mancho Bibixy, alias BBC,  et ses sept coaccusés -que beaucoup ici  espéraient voir aller dans le sens de l'apaisement est enfin tombé vendredi.
 
Pour la énième fois, la réponse judiciaire à la contestation anglophone se sera révélée cinglante, désarmante !
Reconnus coupables de "d'actes de terrorisme, hostilité contre la patrie, sécession, révolution et insurrection", 7 des 8 accusés ont écopé des peines allant de 10 à 15 ans de prison, et un seul a été acquitté pour "faits non établis" :
 
-    Mancho Bibixy aka BBC, 15 ans de prison ;
-    Tsi Conrad, 15 ans de prison ;
-    Tha Emile Agwei, 13 ans de prison ;
-    Tamngwa Malvin T, 13 ans de prison ;
-    Guingah Valentine, 10 ans de prison ;
-    Aselecha Martin, 13 ans de prison ;
-    Awah Thomas, 11 ans de prison ;
 
Soit un total de 90 années de prison auxquelles il faut ajouter de lourdes peines pécuniaires, puisqu'ils ont en outre été condamnés à payer solidairement une amende de 268 millions de Francs CFA  à l'État (partie civile), et 31,7 millions de frais de justice.
 
Ci-dessous, l'enseignant d'histoire et journaliste Mancho Bibixy, debout dans un cercueil après une marche à Bamenda le 28 novembre 2016, au cours de laquelle il fut porté en triomphe par la foule. Par la suite, il avait été aperçu manifestant aux côtés des Députés et Sénateurs du Social Democratic Front. Voilà les "crimes" transformé le plus sérieusement du monde par la justice en "hostilité contre la patrie, dégradation des biens publics, pillage en bande et coaction des actes de terrorisme", qui lui valent 15 ans de prison
 
 
Un verdict d'autant plus controversé que tous les commentateurs de la crise anglophone se rappellent encore aujourd'hui comme si c'était hier, que le seul crime de Mancho Bibixy, par exemple, est de s'être déporté un jour sur la place publique, au plus fort des revendications socioprofessionnelles des enseignants et avocats anglophones, avec un cercueil, pour crier son ras-le-bol relativement à la marginalisation et à l'oppression de sa communauté par le pouvoir de Yaoundé, et démontrer à travers le cercueil, que les anglophones se considéraient par voie de conséquence comme des personnes mortes en attente de mise en bière et d'inhumation. D'où la sortie de ses gonds de l'un des avocats du pool de la défense, Me Claude Assira,  qui a déclaré après le prononcé du verdict :  "C'est une décision excessive, elle est inutile car elle ne va pas résoudre le problème" de la crise anglophone au Cameroun.
 
Au tout début de la crise, les anglophones -à l'instar de Mancho Bibixy- protestaient pacifiquement en brandissant des tiges d'arbre de la paix. La répression démesurée de leurs protestations par le gouvernement et ses forces armées les a radicalisés à telle enseigne que certains ont pris des armes pour faire face à l'injustice et oeuvere à l'avènement d'un Etat où ils seraient plus libres.
 
Un avis partagé par plus d'un, car jusqu'ici, Mancho Bibixy qui faisait office de leader des activistes condamnés vendredi, a demandé à de nombreuses reprises, depuis la prison de Konl est détenu, que le gouvernement le libère, et fasse de même pour ses compagnons d'infortune, afin qu'ils aillent sur le terrain aider à la pacification de la situation dans les régions anglophones où des extrémistes ont pris le contrôle de la contestation anglophone pour lui donner une tournure de confrontation résolue et définitive sur fond de menées séparatistes, au point où il ne se passe plus de jours sans qu'il soit signalé que les forces gouvernementales ont assassiné des civils ou incendié des villages, tandis  que les séparatistes qui œuvrent pour la création d'un Etat indépendant  dénommé Ambazonie procèdent quand ils le peuvent à des assassinats des éléments des forces de défense et de sécurité gouvernementales ou à la prise en otage des personnalités ayant des affinités politiques avec les autorités de Yaoundé.
 
Reste à espérer que la Cour d'Appel dont la défense a annoncé la saisine dans les jours à venir soit mue par une volonté plus raisonnable de renvoyer dos à dos les protagonistes de la "crise anglophone", question de les pousser à chercher et trouver la seule solution qui vaille, par ces temps où le Cameroun court au devant de graves périls à cause de la radicalisation des positions : la solution politique.
 
Quand Mancho Bibixy demandait à être condamné à mort en échange de la libération de ses compagnons de prison
 
Dans le cas contraire, il ne faudrait pas que les adeptes du tout répressif s'étonnent que les choses aillent de mal en pis, car ce ne sont pas de lourdes peines de prison qui décourageraient des hommes aussi déterminés que Mancho Bibixy à défendre leurs droits civiques. Lors de l'audience du 26 octobre, 2017, il s'adressait ainsi à la présidente du Tribunal militaire : « Madame la présidente oui j'ai marché condamnez moi à mort ; mais laissez ces enfants rentrer à Bamenda, ils n'ont rien fait. Ils sont détenus dans de très mauvaises conditions, sans surtout pouvoir bénéficier de l'assistance de leurs parents. Lorsque certains membres de leurs familles viennent leur rendre visite en prison, ils sont recalés devant le portail parce qu'ils n'ont pas un permis de communiquer. S'il n'est pas possible de les libérer, c'est mieux qu'on les juge à Bamenda où ils peuvent bénéficier de l'assistance de leurs proches ».
 
Natondi K. et Sam Mayem
 
 

: Afrique Monde