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Cameroun : Le Cameroun inquiète l’Elysée

2018-05-05 00:17:51 - Dans un rapport sur la crise anglophone au Cameroun, Crisis Group estime que l’église catholique est le dernier intermédiaire possible pour entamer un dialogue.Alors que les combats s’intensifient entre les forces de sécurité et les militants de la minorité anglophone du Cameroun, le gouvernement refuse de prendre en compte les griefs des anglophones tandis que les militants armés semblent prêts à continuer à se battre.
 
L’Eglise catholique, qui représente près d’un tiers de la population camerounaise, pourrait jouer un rôle d’arbitre, mais le clergé a pris des positions divergentes sur la crise en cours.
 

 
Hormis le clergé catholique, les médiateurs potentiels sont rares. Si personne ne prend cette responsabilité, le sentiment séparatiste déjà exprimé par de nombreux anglophones va continuer à progresser, ce qui va intensifier la violence et exacerber l’insurrection actuelle dans les régions anglophones, alors que des élections sont prévues en 2018.
 
Un clergé capable de projeter une image d’impartialité pourrait travailler avec d’autres acteurs fiables pour jouer un rôle de médiateur entre les figures de la contestation anglophone et le gouvernement, et juguler une dangereuse crise en pleine expansion.
 
Aujourd’hui la violence s’est répandue : plus de 100 civils et au moins 43 membres des forces de sécurité seraient morts au cours des sept derniers mois, ainsi qu’un nombre inconnu de militants armés. Des indices laissent penser que les séparatistes contrôlent des portions de territoire ; 34 000 personnes ont trouvé refuge au Nigéria dans des conditions précaires et environ 40 000 sont déplacées dans la région anglophone du Sud-Ouest.
 
De nombreux militants semblent considérer qu’ils ont intérêt à se battre pour être en position de force en cas de négociations avec le pouvoir de Yaoundé. Quant au gouvernement de Paul Biya, il reconnait la nécessité d’engager des pourparlers, mais rejette l’appel des activistes anglophones à une médiation externe, et refuse toute discussion sur le fédéralisme. Il a emprisonné des dirigeants anglophones avec qui il s’entretenait auparavant.
 
L’Eglise catholique pourrait aider à sortir de cette dangereuse impasse. Présente dans chacune des dix régions du Cameroun, c’est l’une des institutions les plus solides du pays. Près d’un tiers des Camerounais sont catholiques, et l’Eglise dispose d’un dense réseau d’écoles et d’hôpitaux. Les Camerounais la prennent très au sérieux. Actuellement, néanmoins, ses divisions intestines, en particulier entre le clergé anglophone et francophone, l’empêchent de jouer un rôle constructif.
 
Alors que la violence semble sur le point de s’intensifier, en particulier à l’approche de l’élection présidentielle prévue en 2018, les médiateurs et pacificateurs potentiels sont rares. L’Eglise devrait surmonter ses divisions, se positionner comme arbitre impartial et aider à résoudre une crise de plus en plus meurtrière et préoccupante.
 
Dans cette perspective, il serait utile que les évêques anglophones et francophones se réunissent et publient une déclaration commune affichant leur neutralité sur les questions les plus sensibles, en particulier celle qui oppose fédéralisme et décentralisation, reconnaissant que le sentiment de marginalisation des anglophones est dans une certaine mesure justifié, dénonçant les violations des droits humains, et appelant toutes les parties à la retenue.
 
Le Cameroun fait face à des risques majeurs en cette année électorale. Boko Haram reste actif dans l’Extrême-Nord, l’instabilité domine à l’Est le long de la frontière avec la République centrafricaine et le mécontentement populaire continue d’agiter les grandes villes. Mais l’insurrection dans les zones anglophones, et la réponse maladroite du gouvernement, constitue désormais la menace principale pour la stabilité du pays.
 
Une solution négociée est cruciale. L’Eglise catholique, pour peu qu’elle parvienne à surmonter ou à dissimuler ses divisions internes et à projeter une image d’impartialité, serait en bonne position pour y contribuer. Les acteurs internationaux devraient soutenir les initiatives de l’Eglise et pousser à une plus grande unité au sein du clergé. Mais c’est aussi à l’Eglise de faire preuve de davantage de cohésion.
 
Mondafrique
 

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