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Cameroun : Les forces gouvernementales battent en retraite face aux séparatistes anglophones

2018-04-27 21:13:07 - Une fois n'est pas coutume. Habituée à infliger de lourdes pertes aux civils anglophones pro-sécessionnistes, mais aussi aux quelques rares assaillants séparatistes armés lors de leurs différents engagements armés, l'armée camerounaise a mordu la poussière  mercredi à l'issue des "échanges" avec des hommes armés luttant pour l'indépendance de l'Etat en projet d'Ambazonie.

L'événement a eu lieu dans la ville de Belo (département du Boyo, région indépendantiste du Nord-ouest) où les forces gouvernementales ont effectué ces derniers mois de sanglantes razzias contre les populations civiles accusées de ne pas collaborer avec elles dans le cadre de la traque des bandes armées séparatistes. Des razzias matérialisées non seulement par des exécutions sommaires de personnes qui sont ensuite présentées comme des séparatistes tués au cours des combats et en possession de quantités importantes de drogue, mais aussi par des incendies des habitations et des villages.
 
Bilan lourd pour l'armée camerounaise
 
Après avoir annoncé  il y a environ une semaine qu'ils allaient passer « de manière décisive à l'acte » à partir du 20 avril », non sans inviter les populations civiles à rester chez elles conformément au mot d'ordre de "villes mortes" lancé depuis début 2017, sous peine de représailles,  de véritables assaillants armés appartenant à l'Ambazonia Restoration Forces (ARF –Armée de Restauration de l'Ambazonie, en français) qui réclame depuis début février la libération du président autoproclamé du gouvernement provisoire de l'"Etat fédéral d'Ambazonie", Ayuk Sisiku Tabe –arrêté au Nigeria et extradé au Cameroun le 26 janvier- dont les proches sont toujours sans nouvelles, ont donc entrepris, mercredi, de croiser le fer dans leur antre de Belo avec les militaires camerounais, qui n'ont pas eu d'autre choix, face à la puissance de feu de l'adversaire -arrivé inopinément, il faut le souligner- que de se débander.  Prises dans l'étau des feux croisés des antagonistes, de nombreux habitants de la localité ont dû elles aussi trouver refuge dans la brousse environnante.
 
Toutefois, des témoins ayant vécu la meurtrière altercation révèlent que des pertes humaines ont été enregistrées  dans les deux camps, mais que «le bilan a été plus lourd du côté de l'armée camerounaise», -avec près d'une demi-dizaine de morts et des militaires enlevés- qui a in fine opté de battre en retraite.
 
Démenti et accusation de l'armée camerounaise contre la presse… étrangère
 
Une source anonyme de l'Etat-major a cependant démenti vendredi ce bilan lors d'un entretien téléphonique avec le reporter de Cameroonvoice et accusé les médias étrangers, dont la BBC, de « chercher à donner de l'importance aux terroristes qui instrumentalisent le mécontentement des anglophones ». « Que ces médias sachent que nous les suivons tous », affirme l'officier camerounais pour qui « les affrontements dont parlent les médias ont eu lieu une semaine plus tôt, et se sont soldés par la mort de plusieurs  assaillants, contre  seulement deux militaires tués et un autre kidnappé ».  « Au même moment, ajoute-t-il, les "gentils" petits sécessionnistes que vous défendez tant attaquaient à deux reprises dans le du Sud-ouest –à l'aller et au retour-, le convoi du gouverneur de cette région, qui allait procéder à l'installation du nouveau préfet du département du Lebialem. Ils ont également incendié un char de l'armée coincé sur un pont et un engin lourd qui se chargeait de le tirer, puis égorgé le militaire trouvé près du char, dans l'indifférence totale des médias ».
 
Une crise qui dure depuis 2016
 
A titre de rappel, Les deux régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest qui regroupent environ 20% de la population camerounaise, sont secouées depuis novembre 2016 par une profonde crise socio-politique, qui s'est peu à peu muée en un conflit armé.
 
Les séparatistes qui œuvrent  pour l'indépendance de l'ancien Cameroun Occidental jadis sous tutelle britannique n'ont pas cessé ces derniers mois d'exiger le départ de [leur] territoire des représentants du gouvernement de Yaoundé ainsi que des forces de défense et de sécurité qu'ils considèrent dorénavant comme des "forces d'occupation".
 
En réplique à la répression menée par ceux-ci contre les populations anglophones les sécessionnistes désormais constitués en groupes armés ont multiplié depuis décembre 2017 des actions violentes contre ce qui représente à leurs yeux l'oppression de leur peuple par la "République du Cameroun" (attaques des brigades et postes de gendarmerie ou de police ainsi que des militaires, enlèvements de fonctionnaires…).
 
 
Au moins 43.000 camerounais anglophones étaient réfugiés  au Nigeria entre décembre 2016 et janvier 2018 selon l´agence nigériane de gestion des situations d´urgence (Sema)
 
Craignant les dégâts collatéraux des affrontements incessants, les populations civiles des deux régions en question qui font face à des besoins humanitaires énormes ont dû prendre le chemin de l'exil, et environ 60.000 d'entre eux –dont au moins 20.000 déjà recensés par le Haut-commissariat aux Refugiés des Nations Unies-  se trouveraient au Nigeria voisin. 
 
Sam Mayem et Natondi K.

: Afrique Monde