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Cameroun : 20 pour l'enfer ? La liste des personnalités interdites de sortie du territoire

2018-04-09 22:24:57 - Ils sont 20 au total, 19 en réalité -puisque l'un d'eux, Marcel Dayas Mounoume (ex-Directeur Général du Port Autonome de Douala -(PAD)-), avait eu la "sagesse" de prendre la poudre d'escampette avant qu'il soit tard-, ces messieurs et dames dont la décision les frappant de l'interdiction de sortie du territoire vient d'être révélée par des… "fuites" devenues récurrentes dans les services de l'administration camerounaise.

La décision signée du patron de la police camerounaise date du 4 avril. Le Délégué Général à la Sûreté National donne instructions  aux délégués régionaux de la sureté nationale, au commissaire du port de Douala, aux commissaires des aéroports internationaux de Douala, de Yaoundé et de Garoua ; et aux chefs de postes-frontière, de bien vouloir prendre toutes les mesures appropriées en vue de l'interdiction de sortie du territoire national pour certaines personnalités dont l'ancien gouverneur de région Fai Yengo Francis, également ancien président du Conseil d'Administration du Port Autonome de Douala, et actuel Président du Bureau National de l'Etat Civil.

Est aussi concerné, sur une autre liste, l'ancien Directeur général du Crédit Foncier du Cameroun, Camille Ekindi, que l'on a vu récemment tout feu tout flamme, battant campagne à Douala pour le compte des candidats du parti au pouvoir aux élections sénatoriales du 25 mars dernier.

Seul hiatus, le chef de la Police qui devrait être l'une des personnalités les mieux informés, ignore que l'ancien Directeur du Port de Douala a quitté le Cameroun il y a belle lurette, grâce –susurre-t-on à un coup de pouce du ministre de la Justice avec qui il aurait fait des affaires louches dans le passé-(1), - avant même que la justice le condamne le 3 juillet 2015 à 15 ans de réclusion pour une autre affaire de complicité de détournement de 458 millions appartenant à un tiers, et non au PAD.
  
Pour le reste, c'est la panique totale, car ce genre de mesure suppose toujours qu'on a des comptes à rendre à la justice dans le cadre de l'opération d'arrestation des présumés auteurs de détournements de deniers publics. Et compte tenu du fait qu'au Cameroun on n'est jamais présumé innocent, les personnes dont les noms figurent sur la liste de Mbarga Nguele se considèrent déjà comme des prisonniers en sursis, tant qu'elles résident sur le territoire.
 
Sarcastique, un commentateur affirme que pour éviter de subir le sort qu'a récemment subi l'ancien ministre Atangana Kouna en se faisant pêcher dans sa tentative de fuite au Nigeria, les personnes dont les noms figurent sur le communiqué du DGSN vont se faire tout petit et éviter même de voyager à l'intérieur du Cameroun, même pour des cas de funérailles. "ils peuvent être accusés à l'occasion de vouloir sortir du territoire par n'importe quel officier de police ou dénonciateur quelconque voudrait les faire chanter", affirme-t-il rappelant.

Les mesures d'interdiction du territoire du DGSN précisent qu'en cas de tentative de sortie du territoire, les concernés doivent être interpellés et conduits à la division enquêtes du corps spécialisé des officiers de la police judiciaire du Tribunal criminel spécial (TCS), l'institution judiciare spécialement créée pour connaitre des affaires de détournements de plus de 50 millions FCFA.  

(1)  Le 20 juin 2008, l'actuel ministre de la Justice qui est à l'époque Secrétaire Général de la Présidence et Président du Conseil d'Administration de la Société Nationale des Hydrocarbures, adresse au directeur Général de cette société pétrolière, une injonction de payer une avance de commission à certaines personnalités que l'on dit être ses protégés dont Dayas Mounoume, lui aussi à l'époque Directeur Général du port Autonome de Douala. On peut lire dans ce document : « Faisant suite à notre entretien téléphonique, j'ai l'honneur de vous informer de bien vouloir procéder dans les meilleurs délais et en toute confidentialité au paiement en avance la somme de 1 342 000 000 (un milliard trois cents quarante deux millions de francs Cfa) représentant les frais de commission des sieurs Dooh Collins, Antoine Bikoro Alo'o et Dayas Mounoume dont l'objet est repris en marge de la présente correspondance. A titre d'information, copie de toute correspondance éventuelle entre les parties contractantes de ladite prestation sera classée secret confidentiel ».

Quelques temps après, la correspondance échoue entre les mains d'un journaliste, Harrys Mintya Meka, qui cherche à recouper l'information. Le ministre Secrétaire Général de la Présidence, dieu après le dieu-président de la république, se rend donc compte que l'affaire n'est plus secrète et décide de faire rendre gorge au corbeau dans la maison qui a eu l'audace de vendre la mèche. Il fait arrêter le journaliste par la Direction Générale des Renseignements Extérieurs (DGRE, services secrets camerounais), car ici les méthodes de torture sont telles quon peut y faire parler un mort. Torturé à l'électricité par ses bourreaux qui veulent qu'il leur révèle sa source, le journaliste paniqué cite deux de ses confrères qui lui auraient donné le document. Les deux sont cueillis à leur tour, Serges Sabouang et Bibi Ngota, puis torturés aussi à l'électricité. Plus fragile Bibi fera même sur lui. Alors que la santé des trois journalistes se détériore, la DGRE refile la patate chaude à la justice qui les défère à la prison de Kondengui, où Bibi Ngota mourra en 2010 des suites des sévices  subis plus tôt à la DGRE.

C'est dire combien  les rumeurs faisant état de la complicité de Laurent Esso dans la fuite de Dayas Mounoume peut sembler fondée. Car en 2013, soit 2 ans avant la fuite de Dayas Mounoume, une mesure d'interdiction de sortie du territoire avait été prise contre lui, et son arrestation était presque quotidiennement annoncée. Mais il ne fut jamais inquiété, son parrain Laurent étant passé depuis 2011, du Secrétariat Général  de la présidence au ministère de la Justice où l'on décide de qui doit être arrêté même si son innocence saute aux yeux, et de qui ne doit pas l'être, même s'il est pris en flagrant délit de commission de crime contre l'humanité.

Sam Mayem
 

: Afrique Monde