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Extradition des séparatistes camerounais : Biya et Buhari traînés devant les tribunaux par le SERAP

2018-02-05 23:00:55 - L'organisation non gouvernementale nigériane "Socio-Economic Rights and Accountability Project (SERAP) vient de saisir le Président de la Commission Africaine des Droits de l'Homme et des Peuples à travers une pétition contre les gouvernements du Nigeria et du Cameroun, en demandant "l'intervention urgente" du Bureau de la Commission pour mettre fin aux violations des droits humains des Nigérians naturalisés, réfugiés et demandeurs d'asile renvoyés de force dans leur pays d'origine, le Cameroun, par les autorités nigérianes. 

Dans la pétition de saisine datée du 2 février 2018 et signée du directeur adjoint du SERAP, Timothy Adewale, l'organisation demande au Président et au Bureau de la Commission "d'organiser de toute urgence une session extraordinaire de la Commission africaine pour examiner l'extradition illégale et injuste de 51 réfugiés camerounais, demandeurs d'asile et Nigérians naturalisés, d'une part, et les violations continues des droits de ces extradés par le gouvernement du Cameroun". 
 
Le SERAP va plus loin en pressant  la Commission de "dénoncer fermement et de condamner le traitement injuste des réfugiés, des demandeurs d'asile et des Nigérians naturalisés par le gouvernement du Cameroun, et demander au gouvernement de les libérer immédiatement de la détention illégale".
 
Rappelant la clarté et l'intangibilité des principes du droit international relatif au traitement des demandeurs d'asile, même entrés illégalement dans un pays, l'ONG se dit préoccupée par le fait que le retour forcé des Nigérians naturalisés, des réfugiés et des demandeurs d'asile est à la fois juridiquement et moralement répréhensible, et créerait un mauvais précédent pour le reste de la sous-région.
Sisiku Ayuk Tabe, leader des séparatistes anglophones arrêtés fait partie des personnes dont le Nigeria a mis la vie en danger en les extradant au Cameroun.
 
Les Nigérians naturalisés, les réfugiés et les demandeurs d'asile sont venus au Nigeria pour se protéger et échapper aux violations flagrantes des droits humains fondamentaux au Cameroun. En les renvoyant au Cameroun, les autorités nigérianes ont omis de leur fournir une opportunité raisonnable d'établir leur cas par un examen judiciaire du risque de persécution, de torture et d'autres violations des droits de l'homme au Cameroun, fait savoir le SERAP,  qui souligne par ailleurs que  «Le gouvernement du Cameroun viole également les droits des Nigérians naturalisés, réfugiés et demandeurs d'asile à la liberté d'expression, à la liberté de mouvement (y compris le droit de quitter leur pays), à des procès équitables, et les prive de leurs droits d'être traités humainement  et dignement. « La situation au Cameroun est caractérisée par des violations massives des droits de l'homme et du droit humanitaire, avec un nombre croissant de victimes n'ayant pas accès à un recours effectif. ». 
 
 «Le traitement des Nigérians, des réfugiés et des demandeurs d'asile naturalisés  constitue les pires violations du Statut de Rome de la Cour pénale internationale qui, à l'article 7, définit les crimes contre l'humanité comme des expulsions, des emprisonnements ou d'autres privations graves de la liberté en violation des règles fondamentales du droit international, de la torture et d'autres actes similaires commis dans le cadre d'une attaque généralisée ou systématique dirigée contre toute population civile.» 
 
Inexistence d'un traité officiel d'extradition entre le Cameroun et le Nigeria
 
Sur un tout autre plan, la pétition du SERAP soulève la question des bases légales de l'extradition le 26 janvier 2018 des leaders séparatistes camerounais par le Nigeria, alors que ceux-ci vivent sur le territoire nigérian depuis plusieurs années et sont reconnus comme étant des leaders en exil du peuple du Southern Cameroon,  en renseignant  que le Nigeria et le Cameroun n'ont pas de traité d'extradition : « Nous considérons le rapatriement forcé des demandeurs d'asile camerounais du Nigeria comme illégal et injuste, car il n'a pas respecté les règles d'équité procédurale et de justice, alors que le Nigéria et le Cameroun ont tous deux ratifié la Charte africaine des droits de l'homme et des peuples et la Convention des Nations Unies relative au statut des réfugiés. » 
 
D'où la conviction du SERAP que le gouvernement nigérian a manqué à ses obligations internationales, dont celles qui l'obligent à s'assurer que les réfugiés et les demandeurs d'asile ne soient pas renvoyés dans des pays comme le Cameroun où ils seraient persécutés et violés : «  Le Nigéria est également lié par le principe de non-refoulement, l'obligation de ne pas renvoyer un réfugié dans un pays où il risque d'être persécuté.  De même, le Nigéria et le Cameroun sont des Etats parties à la Convention des Nations Unies contre la torture qui stipule à l'article 3 qu'aucun Etat partie ne doit renvoyer, refouler ou extrader une personne vers un autre Etat où il y a des raisons de croire qu'elle peut être soumise à la torture ». 
 
Le SERAP note également que  « l'asile ou, en d'autres termes, la possibilité pour un individu de chercher refuge, est reconnue par la Déclaration universelle des droits de l'homme, en son article 14.».
 
* Le Socio-Economic Rights and Accountability Project (SERAP) est une organisation non gouvernementale (ONG) a but non lucratif enregistree en 2004 et basee en République fédérale du Nigeria. L'objectif principal du SERAP est la promotion de la transparence et de la responsabilite dans les secteurs public et privé, en matière de droits de I'homme.
 
Sam Mayem et Natondi K.
 

: Afrique Monde