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Cameroun : Ayuk Tabe assassiné ? Son épouse veut une vidéo prouvant que le leader séparatiste est en vie (Sa déclaration) info ou intox ? si c'est une info, CPI pour Biya.

2018-02-03 17:13:16 - « Je fais cette déclaration parce que nous avons des raisons de nous inquiéter pour la vie et la sécurité de mon mari et nous savons que les médias, le public, les gouvernements et les organisations vont y prêter attention.». C'est ainsi que débute la déclaration de l'épouse du leader séparatiste anglophone, qui s'inquiète pour la vie de son mari, alors que la "rumeur" de l'exécution de celui-ci anime l'actualité au Cameroun.

Le leader du mouvement sécessionniste anglophone du Cameroun et ses compagnons enlevés au Nigeria début janvier seraient-ils en vie ? Voilà un autre sujet d'inquiétude qui taraude les esprits au Cameroun, une semaine environ après l'annonce de leur extradition au Cameroun par le ministre de la Communication camerounais, Issa Tchiroma.
 
La question, mieux l'appréhension, se fait d'autant plus lancinante que les avocats qui ont tenté de rencontrer ces nouvelles proies du régime Biya se sont heurtés à un mur de refus : « Nous nous sommes hélas trouvés confrontés à un obstacle du fait du manque de coopération des hommes en tenue (gendarmes) sur place, qui ont affirmé avoir besoin d'une autorisation du Commissaire du gouvernement près le tribunal militaire de Yaoundé. Le Commissaire du gouvernement s'est lui aussi révélé inaccessible », a affirmé à ce propos l'avocat camerounais Claude Assira, dont le dépit  est d'ailleurs moindre rapporté à celui qu'éprouvent de nombreux Camerounais depuis que court la rumeur ou la nouvelle de l'assassinat du leader anglophone dans l'avion qui a ramené du Nigeria, les prisonniers du régime Biya.
 
Au commencement était le Code
 
C'est d'abord le collectif des organisations démocratiques et patriotiques des Camerounais de la Diaspora  (CODE), une organisation d'exilés camerounais luttant pour la chute de la dictature Biya, qui a annoncé mercredi  que le président autoproclamé de l'Ambazonie avait été assassiné le jour de son enlèvement au Nigeria. 
 
Dans la déclaration du CODE, on pouvait lire :
 
« Nous assumons nos déclarations : Sissiku Ayuk Tabe, comme nous l'affirmions, n'a jamais été extradé au Cameroun avec ses camarades. Ils ne sont pas au SED. Ils ne sont nulle part vivants sur la planète terre. Ils ont été exécutés le jour ou ils ont été enlevés avec la complicité et l'aide logistique de certains ripoux des services de sécurité nigérians qui les ont livrés a la milice de Paul Biya.
Nous considérons leur assassinat comme un crime politique et les crimes politiques sont imprescriptibles.
En ordonnant l'exécution de ces leaders, Paul Biya a commis l'erreur qui va balayer son régime. La guerre va commencer maintenant, et les militants Anglophones promettent qu'il n'y aura plus jamais de paix au Cameroun avec ce tyran sanguinaire au pouvoir. Et ils ont raison! »
 
La déclaration du Code a semblé dans un premier temps excessive voire loufoque, dans la mesure où, selon l'opinion largement répandue, le ministre de la Communication ne peut pas parler des gens extradés que le Cameroun sera bien obligé de produire, ne serait-ce que pour les besoins de la justice, s'ils ne sont pas vivants. « Si c'était le cas, le gouvernement pouvait continuer de garder le silence, en faisant croire qu'ils sont toujours au Nigeria, après, simuler leur évasion ou leur libération par un commando », affirmait aussi mercredi un avocat camerounais au cours d'une conversation libre avec le reporter de Cameroonvoice. 
 
Et pourtant ce jour encore, nos confrères du site  d'informations Africa Info se sont voulus plus précis sur les circonstances de l'exécution, non pas de tous les extradés, mais de Sisiku Ayuk Tabe seul. Aussi citera-t-il une source proche de la hiérarchie militaire a Yaoundé qui a déclaré sous anonymat : "Tout ce que je peux vous dire, c'est que nous avons vu les autres mais pas Sisiku Ayuk Tabé. " ».
 
Et notre confrère d'ajouter que selon un diplomate proche des services secrets, le leader indépendantiste Ayuk Tabe ne serait pas arrivé à Yaoundé, mais aurait été assassiné, les yeux fermés dans l'avion militaire qui les a transportés d'Abuja a Yaoundé, et dans lequel il était séparé des autres leaders indépendantistes. Son corps  aurait été jeté dans l'océan, toujours selon la même  source qui explique que c'est a cause de cet acte macabre violant le droit humanitaire, que jusqu'ici, leurs conseils ont tout le mal du monde a les rencontrer, et que les avocats étrangers qui ont annoncé leur intention de faire partie de la défense des indépendantistes ne parviennent pas à obtenir  des visas pour d'entrée au Cameroun, des instructions dans ce sens ayant été données aux ambassadeurs en poste dans ces différents pays.
 
Fake news ou tentative de tester la capacité de réaction des Camerounais ou des "Ambazoniens" ?
 
La plus ou moins légère contradiction entre la déclaration du Code et l'information du diplomate auprès duquel s'est ressourcé notre confrère, auxquels il faut ajouter l'interdiction ipso facto faite aux avocats d'accéder aux présumés "terroristes", fait craindre que la nouvelle puisse s'avérer, même s'il est vrai que jeudi, le gouvernement a fait lire sur les antennes de la radiotélévision publique le message suivant : 
 
«Ayuk Julius Tabe et ses 46 compagnons, sécessionnistes sont toujours entre les mains de la police judiciaire camerounaise… Les 47 suspects se portent très bien. Les enquêtes se déroulent dans le strict respect de la loi et des procédures. Et contrairement aux rumeurs qui circulent dans les réseaux sociaux, aucun des 47 sécessionnistes n'a subi la moindre violence. Les autorités camerounaises mettent d'ailleurs en garde les auteurs et les colporteurs de ces rumeurs et indiquent que conformément à la règlementation en vigueur, ces personnes devront elles aussi répondre de leurs actes» a publié la CRTV Radio, avant de rappeler que les 47 sécessionnistes ont été récemment mis à la disposition de la justice camerounaise pas les autorités nigérianes dans le cadre de la coopération judiciaire et policière qui lient les deux pays. ».
 
 Pas trop de quoi rassurer Les Camerounais qui se souviennent comme si c'était hier, qu'en 2001, neuf jeunes garçons avaient été enlevés dans un quartier de la capitale économique, Douala,  par des gendarmes opérant dans le cadre du Commandement Opérationnel créée par le président Biya pour rétablir la sécurité dans la ville en proie aux actes de grand banditisme, et, semble-t-il exécutés secrètement.  Leur crime était d'avoir eu une altercation verbale avec une dame entretenant des relations soutenues avec un lieutenant de la gendarmerie, qui aurait décidé de prouver à ces jeunes qu'on ne peut pas s'attaquer impunément à  la petite amie d'un "homme en tenue". Les jeunes  « disparurent » pendant leur détention,  et l'opinion parla d'exécutions extrajudiciaires. Il fallut la pression pendant plusieurs mois de la rue, des organisations internationales de défense des droits de l'homme, de la presse et de l'avocat Jean de Dieu Momo, pour que  le gouvernement évoque "l'évasion collective" des « neuf disparus de Bépanda », et organise un simulacre de procès contre les gendarmes qui exécutaient sans jugement de présumés bandits dans la ville.
 
La crainte de madame Sisiku qui fait suite à celle des sécessionnistes anglophones qui ont donné jusqu'à lundi au gouvernement pour « produire » leurs leaders et camarades, morts ou vivants  est donc à prendre au sérieux pour qui connait le Cameroun. 
 
En cette fin de semaine, les Camerounais croisent les doigts, en espérant que la suite donne raison au communiqué du gouvernement cité plus haut, et que les sécessionnistes soient plutôt montrés vivants, pour éviter au pays de s'engouffrer dans la nuit noire de la vengeance des anglophones, qui pourrait coûter encore de nombreuses vies dans tous les camps.
  
*Voici la déclaration datée du 31 janvier de Mme Lilian AYUK TABE épouse  du leader séparatiste, sur l'arrestation et "l'extradition" de son mari. 
 
 « J'ai besoin de commencer mon propos en remerciant Dieu car toutes les bonnes choses viennent de lui, même dans les moments difficiles. Chaque jour qui passe nous devenons de plus en plus inquiets sur le sort de SISIKU Julius AYUK TABE.
 
Les trois dernières semaines ont été cauchemardesques, pour toute sa famille, ses amis et les habitants de l'ancien territoire britannique du Southern Cameroon (ci-après dénommé République fédérale d'Ambazonie), ne sachant où il se trouve.
 
Je fais cette déclaration parce que nous avons des raisons de nous inquiéter pour la vie et la sécurité de mon mari et nous savons que les médias, le public, les gouvernements et les organisations vont y prêter attention. SISIKU Julius AYUK TABE est un mari adorable, attentionné, humble et honnête et père de mes enfants. Ingénieur informaticien formé et expérimenté, il est calme et désire toujours servir les autres et chercher des solutions pour améliorer la prospérité humaine. Ce sont ces qualités qui ont gagné la confiance des Ambazoniens qui lui ont fait confiance afin qu'il mène des efforts juridiques et diplomatiques vers la restauration de l'indépendance et la reconnaissance internationale de la République Fédérale d'Ambazonia en tant qu'État démocratique et souverain.
 
Mon mari Julius n'est pas un terroriste. Il n'est pas un criminel. Julius est un activiste luttant pour la liberté, l'égalité et la justice dans notre pays natal l'Ambazonia. Julius et moi avons discuté pour la dernière fois le 5 janvier 2018, lorsqu'il a pris le vol pour Abuja en avance pour une réunion prévue avec des membres proches du gouvernement intérimaire de la République fédérale d'Ambazonie. La réunion, m'a-t-il dit, devait porter sur les besoins humanitaires croissants des réfugiés d'Ambazonie au Nigeria et sur les meurtres systématiques, les arrestations et les destructions des biens et des entreprises des citoyens non armés dans notre terre natale par des soldats armés et des forces paramilitaires de la République du Cameroun et les fonctionnaires nommés du régime du président Paul Biya à Yaoundé.
 
Dans la soirée du 5 janvier 2018, Julius n'était pas rentré chez lui et était inaccessible au téléphone. Le 6 janvier 2018, après plusieurs investigations et consultations, nous avons reçu des informations selon lesquelles mon mari Julius et onze autres dirigeants du gouvernement intérimaire d'Ambazoni avaient été enlevés par le service de sécurité nigérian lors de leur réunion à l'hôtel Nera à Abuja.
 
Pendant trois semaines, aucune personne, y compris les avocats nigérians des droits de l'homme, FEMI FALANA et ABDUL OROH, et les membres de la famille des dirigeants enlevés, dont moi-même, n'ont vu ni entendu l'une des personnes enlevées. Le 28 janvier 2018, les deux avocats défendant mon mari et 11 autres ont publié une déclaration indiquant que le gouvernement du Nigeria avait extradé les 12 dirigeants vers le Cameroun.
 
Le 29 janvier 2018, le porte-parole du gouvernement camerounais, Issa Tchiroma Bakary, a annoncé à la communauté nationale et internationale que 47 personnes enlevées au Nigeria, dont mon mari SISIKU Julius AYUK TABE se trouvaient sur le territoire camerounais et en détention. Jusqu'à cette annonce, mes enfants et moi n'avions toujours aucune information sur les traces de Julius. Aujourd'hui, c'est le 31 janvier 2018, nous n'avons aucune preuve que Julius et les 11 autres sont vivants.
 
Et s'ils sont vivants, quelles sont les accusations portées contre eux et pourquoi n'ont-ils pas été autorisés à parler à leurs familles et à avoir accès aux procédures légales en vertu du droit international? Je n'ai pas choisi de naître au Cameroun méridional. Sisiku Julius Ayuk Tabe et 11 autres dirigeants n'ont pas non plus choisi de naître au Cameroun méridional.
 
Nos enfants et petits-enfants n'ont pas choisi d'être des descendants du Cameroun méridional. Plus de 8 millions d'entre nous sur le territoire d'Ambazonie et dans le monde n'ont pas choisi d'être originaires de cette zone. C'est notre terre natale, et nos modes de vie sont façonnés par notre culture et nos valeurs communes. Nous, Southern Cameroonians mourrons tous.
 
Ecoutez mon cri et celui de mes enfants. Écoutez le cri de milliers de conjoints, d'enfants et de membres de la famille de ceux qui ont été tués, blessés, enlevés, détenus et portés disparus. Nous appelons la communauté internationale et les gouvernements à exhorter M. Paul BIYA à produire des vidéos de Julius AYUK TABE et de 11 autres, à permettre aux avocats et aux membres de la famille de les rencontrer et à les libérer parce qu'ils ne sont pas des criminels.
 
Notre appel s'applique également à tous les autres militants illégalement détenus dans des prisons et des lieux inconnus à travers le territoire camerounais. J'appelle les autres femmes, Amnesty International, les Nations Unies, le Commonwealth et l'Union africaine à agir rapidement et résolument en proposant de trouver une solution politique à la lutte pour la restauration de l'indépendance du Cameroun méridional. Écoutez nos voix. Nous ne sommes pas des terroristes. Nous sommes des Ambazoniens.
 
Nous luttons pour la liberté, la souveraineté et la dignité humaine de millions de Southern Cameroonians. Nos droits de naissance ont été éliminés, nos libertés effacées, nos libertés politiques, culturelles et économiques refusées depuis plus d'un demi-siècle par les gouvernements de la République du Cameroun»
 
Mme Lilian AYUK TABE

*Cette déclaration a été traduite de l'anglais par notre confrère Paul CHOUTA du site lequatrièmepouvoir.com.

Titre : AM

: Afrique Monde