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France : Procès-bâillon contre ReAct, Sherpa, Mediapart, l'Obs et Le Point : Bolloré K.O dès le 1er round

2018-01-29 17:17:53 La leçon de vie, d'humanisme et de démocratie ! En attendant le verdict dans quelques semaines du procès intenté par la Socfin, holding spécialisée dans le  développement et la gestion des plantations de palmiers et d'hévéa   en Afrique et en Asie et dont le groupe Bolloré est actionnaire, contre les Organisations non-gouvernementales ReAct et Sherpa, ainsi que les médias Mediapart, l'Obs et Le Point, dans le but de les bâillonner, c'est ce à quoi  a eu droit le groupe  Bolloré  vendredi dernier.

Sans préjuger du verdict final, le jugement devant être mis en délibéré prochainement, le 26 janvier 2018 rentrera dans les annales de la lutte des peuples opprimés par les compagnies impérialistes comme celui où le groupe Bolloré, à travers le holding luxembourgeois Socfin au sein duquel il détient 39% a reçu une cinglante  douche froide après avoir traîné en justice des médias et associations ayant relevé les tensions entre les riverains des plantations de la Socapalm et l'entreprise.  .  
 
Ce jour-là en effet, le parquet de Paris a requis la relaxe des médias et ONG poursuivis en diffamation par la Socfin, pour avoir fait état en avril 2015 d'accaparements de terres des riverains camerounais à travers sa filiale camerounaise Socapalm, pour ses plantations de palmiers à huile et d'hévéas.
 
Quoique la procureure ait estimé que la plupart des propos litigieux étaient diffamatoires, elle a néanmoins requis la relaxe des prévenus, affirmant qu'ils avaient agi de bonne foi. 
 
«La Socapalm et Bolloré sont des puissances économiques qui doivent accepter la critique, ou de voir leurs actions remises en cause», a affirmé la magistrate, expliquant par ailleurs que si les prévenus n'ont pas apporté la preuve de la "vérité" de leurs allégations, des revendications des paysans, ils disposaient d'une base suffisante pour les relayer. En l'occurrence les nombreux rapports d'ONG dans les pays concernés, ou l'existence, en ce qui  concerne le Cameroun, d'une tentative de médiation en 2013 entre le groupe Bolloré et Sherpa sous l'égide du "Point de contact français" de l'OCDE, ainsi que les manifestations d'avril 2015.
 
Echec et mat donc pour les exploiteurs de l'Afrique qui croient, à travers des procès, pouvoir fermer la bouche aux médias et Ong humanistes qui dénoncent régulièrement leurs méthodes et pratiques iniques sur le continent : Comme l'affirmait Me William Bourdon, célèbre avocat français jeudi devant les juges de  la 17ème chambre correctionnelle, le procès en question     «n'a pas d'autre but que de créer un climat d'intimidation». Le Directeur de Médiapart, Edwy Plenel, relevait quant à lui : «On nous fait le procès de faire état de ce qui bouillonne dans la société». Des positions qui ont fait écho à une tribune publiée mercredi, par des journalistes et ONG s'insurgeant contre les poursuites systématiques dont ils font l'objet quand ils s'intéressent aux activités du groupe Bolloré, plus particulièrement en Afrique.

Procès en sorcellerie !
 
Il faut dire que ce ne sont pas les ONG et les médias poursuivis qui ont inventé l'accaparement des terre pour l'accoler aux pratiques du groupe Bolloré, mais bel  et bien une association dénommée "Alliance Internationale des Riverains des Plantations Socfin Bolloré", dont les membres vivent personnellement dans leur chair et dans l'usage de leur patrimoine, l'iniquité des méthodes d'acquisition des terres en Afrique et en Asie par les sociétés agroindustrielles du groupe Bolloré. C'est cette association qui a parlé d'accaparement pour qualifier le fait que  6000 personnes aient été privées de 40 000 hectares de terre au Cameroun  au profit de l'ex- société d'Etat  Socapalm passé depuis dans le portefeuille du groupe Bolloré qui  continue son expansion depuis 2008. Accuser donc les médias et Ong de diffamation  ou protester de l'innocence de Socfin et de la Socapalm, comme l'a fait Me Dominique de Leusse, conseil des deux sociétés, en affirmant  que  « Ce qui n'est pas acceptable, c'est de dire que 6.000 personnes ont été privées de 40.000 hectares (au Cameroun, ndlr) sur lesquelles elles avaient des droits, sans nous dire de quels droits il pouvait s'agir ni où se trouvent ces 40.000 hectares », c'est se lancer dans un procès en sorcellerie. 
 
Pour ne prendre que le cas du Cameroun, l'on ne peut manquer de relever qu'avant même que des ONG et médias internationaux s'en mêlent, l'Alliance des paysans riverains de Socapalm, qui regroupe des milliers de paysans de nationalité camerounaise,  sierra léonaise, ivoirienne et libérienne, a à maintes reprises accusé cette la Socapalm de ne pas respecter les limites établies entre ses palmeraies  et les leurs. Leurs griefs remontent à longtemps avant 2015, et ont été souvent marqués par des   soulèvements dont les des plus importants remonte au mois de  novembre 2016, dans les plantations de palmiers et d'hévéas de la Société africaine forestière agricole du Cameroun (Safacam), de la Socapalm et de la Société financière des caoutchoucs (Socfin) respectivement à Dizangué et Dibombari (Littoral) et Kienké (Sud).
                                  
les riverains qui exigeaient de meilleures conditions de vie avaient paralysé le travail dans les plantations en empêchant le ramassage des travailleurs ; les chefs et représentants des communautés villageoises avaient quant à eux effectué des marches de protestation sur les préfectures des départements du Moungo et de l'Océan dans lesquelles sont installées les filiales camerounaises de la Socfin, pour dénoncer la rupture  blocage du dialogue sur les conditions de vie des travailleurs.
 
C'est donc faux de se défausser sur des défenseurs des droits humains et des journalistes qui n'ont fait que décrire une situation réelle aux relents de tribulations coloniales qui prévaut depuis longtemps, et qui, si rien n'est fait, pourrait exploser à la face du monde, et surtout au détriment des sociétés qui exploitent les populations africaines et qui risquent gros en cas de révolte. 
 
A contrario, Bolloré et Socfin devraient plutôt remercier ceux qu'ils considèrent comme leurs contempteurs, car c'est l'activisme de ces derniers qui calme généralement les populations révoltées, qui en viennent alors à se dire qu'elles bénéficient d'oreilles attentives, et qu'elles peuvent ainsi espérer être rétablies un jour dans leurs droits.
 
 Ces dénégations de Socfin qui l'enfoncent plus qu'elles ne la dédouanent
 
« En ce qui concerne l'accaparement de terres, en particulier au Cameroun, ce type de pratiques est totalement étranger au groupe. En effet, le Groupe Socfin / Socapalm n'est pas propriétaire des terres cultivées qui appartiennent au gouvernement camerounais, la Socapalm loue ces terres. D'autre part, sur les 58 063 hectares que loue la Socapalm, seuls 36 153 hectares sont exploités. L'accusation de vol de 40 000 hectares et d'accaparement de terres au détriment de 6 000 cultivateurs est donc totalement absurde et contraire à la réalité. Une enquête un peu sérieuse aurait permis de s'en rendre compte. Un certain nombre de personnes témoigneront lors du procès dans ce sens», a-t-on pu lire dans un communiqué publié sur son site par Socfin mercredi, soit  la veille de l'audience.
 
Mais il convient de restituer à la vérité que la Socfin et sa filiale camerounaise qu'est la Socapalm ont beau arguer qu'elles ne sont pas propriétaires des terres cultivées, le  gouvernement camerounais les leur ayant seulement louées, il n'en demeure pas moins que ces terres ont fait l'objet d'une série de baux emphytéotiques, et s'étendent par conséquent sur une très longue durée. Cela suppose logiquement un cahier de charges incluant le devoir de Responsabilité Sociale de l'Entreprise vis-à-vis des riverains, que la Socapalm  n'assume pas pour autant, de même qu'en raison de la puissance d'argent de sa maison-mère, de nombreux propriétaires terriens sont expropriés contre pratiquement rien sous prétexte qu'ils sont installés sur le domaine privé de l'Etat, l'Etat étant ainsi présenté comme étant par principe le premier propriétaire, pouvant user et abuser du droit de la force pour arracher aux citoyens et communautés, des biens patrimoniaux qui leur ont été cédés à prix d'argent ou au titre du droit naturel.
 
Bravo, madame la procureure!
 
Au regard de tout ceci, et même si selon une loi absurde et vaseuse, les journalistes n'ont pas autorité pour apprécier les décisions de justice, on ne peut que louer ce propos de la procureure qui résonnera encore longtemps dans les esprits comme un sermon, mieux une leçon de vie et de démocratie à l'intention des puissants  de toute la terre qui, ayant bénéficié de la pratique de la saine justice pour émerger, se sont mis en tête de réduire leurs prochains à la misère par leurs pratiques constantes de l'injustice : «La Socapalm et Bolloré sont des puissances économiques qui doivent accepter la critique, ou de voir leurs actions remises en cause»
 
A titre de rappel: Blocage des activités dans les structures Socfin-Bolloré, c'était en 2015
 
Ce communiqué publié le  29 avril 2015 par l'Alliance Internationale des Riverains des Plantations Socfin Bolloré est la preuve des tensions permanentes qui existent entre la multinationale agroindustrielle et les riverains de ses installations dans le monde, auxquelles les prévenus du procès du 25 janvier à Paris n'ont fait que donner de l'écho :
Plantations Socfin-Bolloré : une nouvelle usine bloquée par les communautés locales
 
«Le mouvement lancé au Cameroun par les paysans privés de leurs terres par les plantations de palmiers à huile s'étend. Bolloré renvoie la responsabilité du conflit sur les actionnaires belges de la Socfin.
 
Alors que l'usine Socapalm de Dibombarri (Ouest Cameroun) est bloquée par les riverains depuis jeudi 23 avril, la plantation Socapalm de Mbongo est à son tour immobilisée depuis mardi 28 avril au matin par les communautés locales qui réclament la rétrocession des terres confisquées. A 5h de matin, plusieurs groupes de villageois se sont déployés dans la plantation. Trois cents bloquaient l'accès à l'usine principale tandis que trois autres groupes comportant une centaine de personnes chacun empêchaient le départ des ouvriers vers les champs de palmiers. Comme dans l'autre plantation, les autorités publiques jouent la carte de l'apaisement et ont refusé la demande de l'entreprise de recourir à la force pour évacuer les protestataires. Avec l'annonce de prochaines actions similaires dans d'autres plantations appartenant au même groupe au Liberia, au Cambodge, en Sierra Leone et en Côte d'Ivoire, le mouvement des paysans regroupé en alliance internationale devrait continuer à s'étendre dans les jours et semaines à venir.
 
Bolloré esquive sa responsabilité et charge Fabri
 
Les plantations Socapalm au Cameroun appartiennent au groupe Socfin, dont Bolloré est l'actionnaire principal 38,75%. Les rapports annuels de la Socfin décrivent une augmentation de 24% des surfaces plantées de palmiers à huile et d'hévéas en Afrique, passant de 87 303 à 108 465 ha entre 2011 et 2014. Selon les représentants des communautés, ces expansions se font sur des terres utilisées jusqu'alors par les communautés autochtones. Interpelé suite aux actions, Vincent Bolloré s'est dédouané en affirmant que « le Groupe Socfin est contrôlé majoritairement et dirigé par la famille belge Fabri ». Il avait pourtant tenté en octobre 2014 de résoudre les conflits en recevant des représentants des communautés locales issues de cinq pays à Paris. Mais Hubert Fabri avait condamné cette initiative. Il avait refusé de reconnaître les organisations des communautés locales, considérant les autorités publiques comme seules interlocuteurs légitimes. Six leaders villageois riverains de la plantation SRC au Liberia avaient alors été arrêtés le 5 janvier 2014 entraînant des protestations en solidarité dans les autres pays.
 
Le bras de fer pourrait se poursuivre avec l'Alliance internationale des riverains des plantations Socfin Bolloré créé en 2013 suite à la mise en relation par l'ONG ReAct des communautés affectée par la multinationale dans cinq pays. « Six mille personnes sont privées de leurs terres par les plantations Socfin au Cameroun, deux mille au Liberia, mille en Côte d'Ivoire, huit cent familles au Cambodge, deux cents au Sierra Leone, affirme Emmanuel Elong, président de l'Alliance. Nous dénonçons ensemble le non-respect du principe de consentement des populations qui est un principe clé du droit international et de la jurisprudence concernant les peuples autochtones. Bolloré ne tient pas ses promesses et fuit ses responsabilités. Hubert Fabri méprise tellement les communautés locales qu'il n'a jamais répondu à nos lettres. Nous n'avons d'autres choix que de nous battre jusqu'au bout. ».»
 
Contact presse :

Emmanuel Elong, Président de l'Alliance Internationale des riverains des plantations Socfin Bolloré 00237674529387

Relais en France : Eloise Maulet, coordinatrice ReAct,    06 38 01 25 94  eloise.maulet@projet-react.org
Natondi K. et Ndam Njoya Nzoméné
 

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