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Angola : Isabel dos Santos est-elle déjà tombée en disgrâce ?

2017-12-15 07:06:44 - Chaque semaine apporte désormais son lot de mauvaises nouvelles pour Isabel dos Santos, la fille aînée de l'ex-président angolais. Limogée par le nouveau président pour insuffisance de résultats à la tête de la puissante compagnie pétrolière publique, la femme la plus riche d'Afrique va perdre le diamant, un secteur qu'elle contrôlait par son mari.

Et quelques jours auparavant, c'est le gouvernement qui annonçait son intention d'ouvrir le secteur de la téléphonie mobile à deux nouveaux opérateurs alors que Isabel dos Santos détient plus de la moitié du capital dans le tour de table d'Unitel, le premier opérateur du pays.

Isabel dos Santos ne vit plus des jours glorieux. Depuis le départ du pouvoir du président Jose Eduardo dos Santos, son père, en septembre dernier, la «princesse Isabel» doit faire face à une chute à la fois de ses affaires et de sa réputation.

Ingénieur et mère de cinq enfants, la métisse de 44 ans, Russe par sa mère et Angolaise par son père était présentée comme une star par la presse internationale, dont Forbes qui la présentait comme la femme la plus riche du Continent (3,2 milliards de dollars). Femme puissante et raffinée hier, la voici subitement «sans pouvoir» avec ses affaires petit à petit détruites par le gouvernement du successeur de son père, Joao Lourenço.

«La princesse» perd le contrôle du diamant

L'affaire fait chuchoter à Luanda où dans les milieux des affaires l'on l'évoque, sans trop de commentaires, que la famille dos Santos n'a pas perdu tout son pouvoir. Cette semaine, la Société publique angolaise de commercialisation des diamants (SODIAM) a décidé de se retirer du capital de Victoria Holding Limited, actionnaire principal du prestigieux joaillier suisse De Grisogono.

Pour expliquer ce retrait, la société publique angolaise dénonce «les résultats négatifs systématiquement présentés par le groupe [Victoria Holding Limited]». La décision peut paraître peu importante si l'on n'a pas les informations sur le propriétaire qui est plutôt bien connu dans le pays. Il s'agit de Sindika Dokolo, l'époux de dos Santos, Isabel.

Celui-ci, métis lui aussi, est né d'un couple dano-congolais. Son père, un ancien proche de Mobutu, l'ancien homme fort de l'ex-Zaïre, était tombé en disgrâce à Kinshasa. Récemment, Le Monde le présentait comme un homme d'affaires et esthète à la «tête de l'une des plus importantes collections mondiales d'art africain» dans un portrait intitulé Amour, gloire et népotisme, publié en août 2017.

Grâce à la SODIAM, le Suisse De Grisogono avait acquis le «4 de fevereiro», le plus gros diamant jamais découvert dans le pays (404 carats et 80,8 grammes). La société genevoise très connue, selon le quotidien de la finance L'Agefi, a établi «un record historique avec la vente aux enchères du diamant The Art of De Grisogono 1», cédé contre 33,5 millions de francs suisses.

Les télécommunications et le pétrole, déjà perdus

La décision de la SODIAM intervient seulement quelques jours après une annonce du gouvernement d'ouvrir le secteur de la téléphonie du pays à un quatrième opérateur. Alors que deux sociétés privées se partagent actuellement le marché en Angola, à savoir Unitel et Movicel, le gouvernement a annoncé qu'Angola Telecom, la compagnie publique de téléphonie qui gère actuellement le seul réseau fixe, allait désormais, elle aussi, opérer dans le secteur du mobile en plus d'un quatrième opérateur qui devrait s'installer en 2018.

Le problème -s'il en est un !- les deux sociétés de téléphonie mobile du pays sont grandement détenues par les filles de l'ancien président. Isabel dos Santos, la fille aînée détient plus de la moitié du capital d'Unitel, le premier opérateur du pays, tandis que sa demi-sœur, Welwitschia -dite «Tchize»- détient des parts dans celui de son concurrent, Movicel. Peu importe les arguments du gouvernement, une chose est sûre : les gains de la «princesse» de Luanda vont s'amoindrir et son empire est menacé.

Si Isabel a encore le temps pour prendre des dispositions afin de sauver son business dans le secteur de la téléphonie mobile, elle n'aura pas eu la même chance dans le secteur pétrolier. Alors qu'elle s'y voyait pour quelque temps encore, la fille aînée des dos Santos s'est vue congédier rapidement en moins de 8 semaines après le départ de son père, de la tête de la SONANGOL, la puissante compagnie publique de pétrole.

Le nouveau pouvoir de Luanda a évoqué la fragilité de la compagnie face à la baisse du prix du baril de pétrole sur le marché mondial. La compagnie annonçait en décembre 2016 -pour la première fois dans l'histoire du pays- qu'elle était incapable de verser des dividendes à l'Etat angolais. Le président Joao Lourenço n'a pas perdu de temps.

Bientôt écrouée ?

En s'attaquant à ses poumons financiers, on peut se poser la question de savoir si le nouveau pouvoir ne va pas bientôt épingler la «princesse» de Luanda. Le gouvernement peut compter sur le soutien des institutions internationales, dont le Fonds monétaire international qui n'a pas arrêté de s'interroger sur l'opacité des structures qui gèrent les deux principales ressources de l'Angola : le pétrole et les diamants

Dès sa prise de fonction en septembre dernier, le président Lourenço avait promis qu'il s'attaquerait à la corruption. Pour lui, il était urgent d'assainir la gestion de la SONANGOL, minée par la corruption. Le limogeage de Isabel dos Santos, dernière sur une longue liste de limogés dans le processus d'épuration, entre dans cet assainissement. «Moins de deux mois après sa prise de pouvoir, le président Lourenço a défenestré le plus important symbole du clan dos Santos de manière humiliante», constate Ricardo Soares de Oliveira, professeur à Oxford, spécialiste de l'Angola, cité par Le Monde. Que la native de Bakou (URSS en 1973, aujourd'hui Azerbaïdjan)  soit accusée de corruption et écrouée, ne serait qu'une suite logique.

José Eduardo dos Santos avait pourtant tout fait pour éviter cette déchéance. Après 38 ans de règne, l'ancien «camarade numéro 1» en se retirant, avait pris le soin de placer un de ses proches au pouvoir tout en conservant la tête du parti au pouvoir, le Mouvement populaire de libération de l'Angola (MPLA) jusqu'en 2022. Ainsi, tout porte à croire qu'il est toujours celui qui dirige en tirant les ficelles. Mais vraisemblablement pas, en fin de compte.

Sylvain Vidzraku - afrique.latribune.fr

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