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Cameroun-Scandale: Comment Biya a été contraint de déclarer la guerre à ses compatriotes anglophones!(il ya fort a croire que le gouvernement Camerounais tue ses propres militaires, a des fins inavouées)Une force neutre d'interposition est necessaire

2017-12-02 22:04:39 - Quoique le modus operandi des assassinats déplorés de 10 éléments (8 militaires et 2 policiers) des forces de défense et de sécurité camerounaises au courant du mois de novembre, à bien des égards similaire à celui des incendies des écoles et collèges ou les explosions des bombes artisanales dans les régions anglophones, questionne de plus en plus la pertinence des accusations portées contre les sécessionnistes anglophones,  le président camerounais a déclaré ouvertement jeudi la guerre aux séparatistes anglophones, en sa qualité de garant de la paix et de la sécurité des Camerounais, et de l'intégrité territoriale de ce pays. 

«J'ai appris avec émotion l'assassinat de 4 militaires camerounais et de 2 policiers dans le Sud-Ouest de notre pays. Suite à la disparition de ces six valeureux militaires et policiers, je voudrais présenter mes condoléances aux familles éprouvées ainsi qu'à nos vaillantes forces de défense et de sécurité. Je pense que les choses sont désormais parfaitement claires pour tout le monde. Le Cameroun est victime des attaques à répétition. Une bande de terroristes se réclamant d'un mouvement sécessionniste.
 
Face à ces actes d'agression, je tiens à rassurer le peuple camerounais que toutes les dispositions sont prises pour mettre hors d'état de nuire ces criminels et faire en sorte que la paix et la sécurité soient sauvegardées sur toute l'étendue du territoire national».
 
Ce propos clairement belliciste du chef de l'Etat camerounais, est la suite logique, prévisible, des assassinats qui, ces dernières semaines, ont fait des morts  de trop dans les rangs des forces de sécurité camerounaises, à un moment où beaucoup, subséquemment à l'escale du Secrétaire Général de l'ONU au Cameroun marqué par un entretien de près de quatre heures d'horloge avec le dirigeant camerounais,  voyaient poindre à l'horizon un air de décrispation, et une forte probabilité que soit initié un dialogue entre le gouvernement et  les maximalistes -autrefois minoritaires, mais dont les rangs s'étoffent désormais presque au jour le jour-  qui prônent ouvertement la partition du Cameroun et l'accession à l'indépendance de la partie anglophone du pays dite « Southern Cameroon » sous le nom d'Etat d'Ambazonie.
 
Il n'en fallait pas plus pour que le pourtant très posé ministre délégué à la Présidence chargé de la Défense, Joseph Beti Assomo, un administrateur civil réputé pour la grande intelligence et le sens de l'équité, sonne le tocsin de la mobilisation militaire pour traduire dans les actes l'annonce faite par le chef de l'Etat. C'est désormais la guerre totale !
 
Quoique les journalistes n'aient naturellement pas assisté à la réunion de crise organisée par le MINDEF en son cabinet vendredi matin, les déclarations faites par monsieur Assomo dans le but de briefer la presse, ont permis de comprendre que gouvernement campe désormais une posture plus que jamais irrémissiblement va-t-en-guerre. 
 
Extraits de la déclaration du ministre de la Défense camerounais 
 
- «..Nous ne nous sommes pas réunis à Yaoundé ce jour pour disserter ou philosopher sur les menaces sécuritaires auxquelles notre pays et nos armées doivent faire face. Ce n'était pas de la spéculation ou de la philosophie. Mais, nous étions réunis à la suite de la déclaration du président de la République, chef des armées, hier soir, jeudi, 30 novembre 2017 à son retour d'Abidjan en côte d'Ivoire où il était représenter notre pays au sommet Union Européenne-Union Africaine… ».
 
- «… Il nous appartenait aujourd'hui d'arrêter des mesures concrètes de mise en œuvre immédiate de cet engagement politique du chef des armées ». 
 
- « Des mesures immédiates ont déjà été mises en œuvre et le processus va se poursuivre jusqu'à ce que cette situation incommode que nous vivons soit éradiquée ».
 
- « …les forces de défense et de sécurité ont perdu des hommes dans des conditions particulièrement tragiques, je dirais même effroyables, épouvantables… Certains militaires sont tombés sous les balles de l'ennemi, d'autres ont été égorgés dans des conditions épouvantables...  Nous avons une armée respectueuse des droits humains… Le Président de la République, à la manœuvre depuis la fin de l'année dernière pour régler politiquement ce qui, au départ, était présenté comme des convulsions corporatistes…On se rend compte que c'est l'arbre qui cachait la forêt ».
 
- « Aujourd'hui, il est question de prendre le taureau par les cornes. Nous ne pouvons pas dire ce que nous allons faire. Mais lorsque le chef de l'État prend une décision politique comme celle-là, nous allons la mettre en œuvre sans état d'âme. Il faut rassurer la partie saine de la population qui est prise en otage des meneurs de ces hommes ».
 
- « L'intégrité du territoire va être préservé…l'armée ne spécule pas sur les mesures politiques. Ce n'est pas son rôle. Il y a des cercles qui sont prévus pour ça… « on a égorgé des militaires, certains ont été assassinés, les sécessionnistes ont fait des veuves, des orphelins…cela ne peut pas continuer. Ceux qui passent le temps à donner des leçons sur le respect des droits de l'homme, des droits humains…nous n'avons reçu aucune lettre de condoléances de qui que ce soit… Ces militaires ne sont pas des êtres humains au même titre que les autres? Aucune compassion! Nous avons à faire à une armée qui est constituée non pas de robots, mais des êtres humains. Nous nous mettons au travail…».
 
A la lumière des déclarations du MINDEF, on peut se demander ce qu'il va se passer dans les jours à venir quand on sait combien brutale aura été la répression dans la zone anglophone ces douze mois, alors qu'il n'était même pas question des attaques contre les militaires et policiers.
 
En dehors des dizaines (ou centaines) de manifestants anglophones –et autres victimes collatérales- tués depuis novembre 2016, on a vu l'armée des nervis envoyée là-bas pour des besoins de maintien de l'ordre faire montre sur les populations d'un rare professionnalisme en matière de torture qui ne l'enviait en rien aux méthodes inhumaines des groupuscules terroristes. On peut imaginer ce qu'il en sera désormais qu'il n'est plus question de maintien de l'ordre, mais plutôt de guerre. Car qui dit guerre dit revanche, et vengeance. Tout ce qu'il y a de difficilement "proportionnable" !  
 
Comment le Cameroun s'est acheminé progressivement vers un remake des antécédents politiciens de la guerre contre Boko Haram ou comment comprendre l'escalade programmée de la crise anglophone !
 
Mais au-delà de la guerre qui ira immanquablement dans tous les sens et ne manquera pas de charrier son lot de morts et de larmes, une question essentielle taraude les consciences des observateurs qui ont encore l'esprit bien en place : contre qui le président Biya et son armée vont-ils faire la guerre, alors que les leaders sécessionnistes, y compris ceux qui par fanfaronnade, à l'instar d'un certain Cho Ayaba installé en Afrique du Sud, menacent  ou feignent de menacer le Cameroun d'un engagement armé, sont tous en exil à l'étranger d'où ils lancent leurs mots d'ordre ?  En tout cas pour ceux qui ne sont pas des pions du régime dont les déclarations servent de caution à la répression ! 
 
Il y a quelques années, Abubakar Shekau, chef de l'organisation terroriste Boko Haram, faisait une déclaration pour décliner sa responsabilité et celle de son mouvement au sujet des enlèvements de personnalités au Cameroun et de certains assassinats qui leur étaient imputés par le Cameroun, et menacé de se lancer dans une vraie guerre contre le Cameroun si les autorités du pays continuaient d'indexer gratuitement la secte djihadiste. A l'époque, au regard de la relative facilité avec laquelle des négociations soi-disant avec Boko Haram pour la libération des otages aboutissaient, une certaine opinion, avait fini par convenir que ce n'était pas Boko Haram, mais des Camerounais plus ou moins introduits dans la sphère gouvernante qui orchestraient et effectuaient des enlèvements qu'ils attribuaient au bouc-émissaire de service, juste pour divertir la communauté internationale, alors que leurs véritables motivations étaient de s'attirer les soutiens financier et militaire –voir diplomatique- de celle-ci, pour faire face à des problèmes domestiques de multiples ordres.
 
Ces soutiens ayant tardé à arriver, les penseurs de cette stratégie seraient passés à la vitesse supérieure, en procédant à des assassinats, avec pour conséquence la déclaration de guerre du président camerounais à Boko Haram. 
 
Depuis lors, une vraie guerre est en train de se faire dans la région de l'Extrême-Nord du Cameroun, où l'on dénombre plus de tués côté civils et soldats camerounais que du côté de la secte qui, elle a pris le chef de l'Etat camerounais au mot, et s'est lancée dans la vraie guerre.
 
En septembre dernier, alors que la communauté internationale, les organisations de défense des droits de l'homme et la presse dénonce le massacre à huis-clos des anglophones par l'armée du régime, et commence à soupçonner des agents du régime d'être les véritables auteurs des incendies qui ravagent des établissements scolaires dans les villes anglophones, le gouvernement commence à signaler des explosions de bombes artisanales dans la ville anglophone de Bamenda, mais qui ne font pas de victimes.
 
Dans la nuit du 21 au 22 septembre alors que le président camerounais va s'adresser à la tribune des Nations Unies à l'occasion de la 72ème Assemblée générale de l'organisation dans l'après-midi du 22, et que ce même jour les anglophones vont descendre dans la rue à l'appel du leader sécessionniste pour manifester pacifiquement contre le maintien en détention depuis le début de l'année de plus d'un demi-milliers de leurs proches en relation avec la crise anglophone, se signale une autre explosion de "bombes artisanales" qui fait des blessés dont un grave, parmi les éléments des forces de l'ordre (policiers).
 
Toujours dans la matinée du 22 septembre un effondrement d'un pan du mur de la Société Camerounaise des Dépôts Pétroliers à Douala, la capitale économique, est présenté comme un attentat à la bombe artisanale, contre lequel les autorités promettent de sévir, non sans annoncer qu'ils ont mis la main sur l'auteur de l'attentat, un lycéen, à trois kilomètres du lieu de "l'attentat", en possession d'autres "bombes artisanales" qu'il allait faire exploser dans son établissement scolaire.
 
Au soir  de ce 22 septembre finalement, la manifestation des anglophones a fait une demi-dizaine de morts, victimes des forces de l'ordre. Celle qui suivra le 1er octobre fera officiellement une vingtaine de morts selon des estimations tronquées, et plus d'une centaine selon des témoins et des rescapés.
 
Mais qui tue vraiment les militaires camerounais pour provoquer la guerre ?
 
Là encore, la communauté internationale qui connait les méthodes du régime, suspecte un coup monté avant et pendant les assises onusiennes, pour démontrer que le régime a à faire face  à des terroristes et qu'il n'est pas juste de décrier seulement les violations des droits de l'homme sans tenir compte de la situation à laquelle il est confronté. Les récriminations contre la répression des anglophones iront de plus belle.
 
Est-ce pour avoir constaté que personne n'était tombé sous le charme de son stratagème que le régime a décidé de passer en force en commanditant le sacrifice –suprême- de ses propres soldats ? Voilà une hypothèse purement spéculative que personne n'oserait, vu la gravité de la situation qu'implique les morts enregistrés  dans les rangs des forces régulières camerounaises, qui, comme l'affirme le ministre de la Défense, sont aussi des êtres humains comme les manifestants anglophones et sécessionnistes anglophones, mais qui n'est pas aussi farfelue qu'il parait, quand on analyse un tant soit peu le dernier assassinat des militaires dans une localité de l'arrondissement de Mamfé, notamment quand on veut faire croire, pince sans rire, que sur cinq militaires tués, un seul a pu en réchapper, pas parce qu'il avait réussi à déjouer la vigilance des assaillants, mais parce qu'il était anglophone, en même temps qu'on nous signale que parmi les quatre tués, il y avait un anglophone.
 
La raison en est simple, comme l'a d'ailleurs souligné Cameroonvoice dans une de ses récentes publications. Les assassins identifiaient-ils leurs victimes avant de leur donner la mort ? Comment ont-ils choisi entre l'anglophone à tuer et l'anglophone à laisser en vie ? Et pendant qu'ils le faisaient, les victimes se sont-elles résignées à se laisser tuer ?
 
Comment cinq militaires ont pu être tués et leurs armes emportées sans que l'un au moins des assaillants soit tué ou blessé, ou bien le rescapé et tous les informateurs officiels qui ont donné jusqu'à la direction qu'ils ont prise après leur assaut meurtrier ont-ils oublié de le signaler, de crainte –pour une fois- d'être accusés de « violation de droits humains des assaillants » ?
 
En  tout état de cause, il est à craindre, les mêmes causes produisant les mêmes effets, que la stratégie choisie  pour faire la guerre et montrer à tous ceux, journalistes, opposants, députés du SDF, défenseurs des droits de l'homme qui continuent de critiquer la gestion inconséquente de la crise anglophone que l'heure est à la répression totale, advienne que pourra, et qui que cela puisse toucher.
 
Et comme d'habitude, le vieux chef de l'Etat camerounais en bonne marionnette qu'il est devenu entre les mains de ceux qui dans son entourage veulent le pousser à la faute et l'écarter le moment venu dans l'infamie, comme Emmerson Mnangagwa l'a fait avec Bob Mugabe au Zimbabwe, est tombé aveuglement dans le piège. Et revoilà le Cameroun à la veille d'ouvrir un autre front de guerre au Nord-ouest et au Sud-ouest alors qu'il n'en a pas fini avec celui du septentrion.
 
Puisse Dieu préserver ce pays le Cameroun !  
 
Natondi K. et Ndam Njoya Nzoméné - Titre : AM
 

: Afrique Monde