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Cameroun- Crise anglophone : Après les parlementaires américains, un député dénonce le massacre de 122 anglophones par l'armée

2017-11-02 23:59:43 - Plus les jours passent, plus le voile est progressivement levé sur la tragédie qui a émaillé les deux dernières manifestations des anglophones du Cameroun : celle du 22 septembre 2017 pour exiger la libération des détenus anglophones encore sous les verrous, et celle du 1er octobre à l'appel du leader séparatiste anglophone Sisiku Ayuk tambe réfugié aux Etats-Unis, ayant pour but la proclamation symbolique de l'indépendance du Southern Cameroon. 
 
Alors que le gouvernement continue d'évoquer le chiffre de 10 morts, et que les ONGs, craignant de se voir recadrer par ledit gouvernement parle de 10 morts, le député SDF, Joseph Wirba, récemment revenu sur les devants de la scène après avoir passé trois mois dans la clandestinité pour préserver sa vie gravement menacé au plus fort de la crise anglophone, vient de commettre un rapport sur les dégâts humains causés par la répression brutale. Une fois de plus, l'armée est pointée du doigt, et les donneurs d'ordre accusés auprès de l'ONU.
 
Le parlementaire d'obédience SDF (principal parti de l'opposition et partisan du fédéralisme, pas de la sécession) est on ne peut plus formel : «L'armée a massacré 122 manifestants pacifiques avec des balles réelles lors des manifestations du 22 septembre et du 1er octobre 2017».
 
A ces 122 morts, il ajoute 1884 (mille huit cent quatre-vingt-quatre) personnes été blessées par balles, ou à la suite de violentes tortures. 
 
Jusqu'ici, seules des Ongs comme Amnesty International avaient évoqué un nombre de morts approximant la vingtaine, alors que les médias camerounais qui avaient été menacés par le ministre de la Communication  de sévères représailles s'ils s'évertuaient à donner une information objective et impartiale sur la question parlaient de 7 ou dix morts, dont cinq  détenus de la prison de Kumbo abattus parce qu'ils avaient voulu profiter de la situation pour tenter de s'évader. 
 
Des sources concordantes de Cameroonvoice, ont, quant à elles, fait état ces dernières semaines de plus ou moins deux cents morts, évoquant même des fosses communes dans certains villages de la région anglophone du Sud-ouest près de la frontière du Cameroun avec le Nigeria, ou des cadavres de personnes arrêtées pendant les manifestations qui auraient été retrouvées dans la brousse. Si ces sources sont cependant difficilement vérifiables, elles peuvent être néanmoins corroborées par les chiffres du rapport de l'Honorable Joseph Wirba, qui font état de 150 disparus en plus des 122 morts.  
 
Après la plainte à la CPI pour génocide, le Cameroun fera-t-il face à une autre plainte pour massacre à l'ONU ?
 
Selon le député Wirba qui affirme que «l'armée de Biya a commis un génocide au Cameroun anglophone», «quarante mille (40.000) civils (des anglophones du Cameroun, ndlr) sont maintenant enregistrés comme réfugiés dans l'État voisin de Cross River au Nigeria». 
 
Agissant donc en toute conséquence, le député un peu rebelle sur les bords affirme dans son rapport avoir déposé une plainte auprès des Nations Unies il y a moins d'un mois contre les massacres, les disparitions et tous les autres abus des droits humains.
 
Des parlementaires américains expriment leurs préoccupations 
 
Le rapport-brulot du député est publié deux semaines après que 20 membres du Congrès des Etats-Unis d'Amérique ont fait part de leurs vives préoccupations au sujet de la répression qui s'abat sur les populations des régions anglophones du Cameroun, en adressant à cet effet une correspondance à la représentante de Washington aux Nations Unies, Nikki Haley.
 
Dans cette correspondance relayée par nos confrères de La Lettre du Continent https://www.africaintelligence.fr/lc-/premier-cercle/2017/10/25/washington-vivement-preoccupe-par-la-crise-dans-les-regions-anglophones,108277737-gra, les congressmen américains dénoncent : "Arrestations de masse, coupure d'Internet 94 jours d'affilée, utilisation d'armes létales pour la dispersion des manifestations, atteintes à la liberté de la presse (…) Ces éléments indiquent clairement que le gouvernement du Cameroun a posé des actions visant à porter atteinte au principe d'égalité des citoyens devant la loi". 
 
A la suite de ces violations avérées des droits et libertés humains, a révélé La Lettre du Continent, les membres du Congrès des EUA avaient préconisé que l'ambassadrice Nikki Haley « organise une séance d'information à l'attention des ressortissants camerounais installés aux Etats-Unis afin de les informer sur la position du Conseil de sécurité de l'ONU sur cette crise, mais aussi les aider à trouver les moyens de communiquer avec leurs familles et leurs proches. ».
 
La lettre des parlementaires américains a été considérée par des Camerounais proches du pouvoir comme une ingérence impérialiste des Etats Unis dans les affaires du Cameroun, mais ce point de vue est loin de faire l'unanimité, car ils sont plus nombreux au Cameroun à penser que quand un régime se comporte vis-à-vis de sa population ou d'une partie de celle-ci comme un conquérant ou un maître sur ses esclaves, en violant ses droits, il ne peut pas en même temps attendre des gens qu'il brime d'être de fieffés nationalistes pour ses beaux yeux, pas plus qu'il ne peut s'en prévaloir objectivement, si ce n'est pas pour s'en servir à des fins pouvoiristes et égoïstes.
 
Ndam Njoya Nzoméné
 
 

: Afrique Monde