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Kenya- Coup de force et passage en force antidémocratique : Uhuru Kenyatta prêt à se proclamer candidat sans élection

2017-10-12 22:58:17 - Le caprice de l'opposant kényan Raila Odinga ayant consisté à se retirer de la course à l'élection présidentielle du 26 octobre prochain n'a pas tardé à produire des conséquences : soutenu par un parlement largement acquis à ses intérêts, son adversaire, le président sortant Uhuru Kenyatta,  s'apprête tout simplement à se réinstaller confortablement sur son siège du State House (siège de la présidence, qu'il n'avait d'ailleurs pas quitté), sans passer par le biais d'une élection.

C'est ce qui transparait de la plus récente actualité de ce pays où les députés majoritairement d'obédience Jubilee (parti au pouvoir), suivant une logique dans laquelle ils se sont engagés depuis mardi, ont voté cet après-midi de mercredi, une loi qui veut qu'en cas de désistement d'un candidat à l'élection, au cas où il n'y en aurait que deux, le candidat restant en course est élu d'office.
 
 Plus tôt dans la matinée pourtant, c'est-à-dire bien avant le vote de cette loi visiblement inique, Uhuru Kenyatta avait seulement marqué son intention de  se contenter d'une victoire sans péril. « Le vote se fera », avait-il assuré, laissant à penser que le retrait "surprise", de son rival Raila Odinga, « dans l'intérêt des Kényans » (sic), ne devait avoir aucune incidence sur le nouveau scrutin.
 
« Nous n'avons aucun problème à retourner aux urnes, nous sommes sûrs d'avoir plus de voix que la dernière fois » a alors expliqué Kenyatta, lors d'un rassemblement de ses partisans dans le sud du pays.
 
Il en a profité pour moquer l'attitude de son rival déclaré forfait : « Où se trouve la justice dans le fait de se retirer d'une élection après avoir tout fait pour que les Kenyans dépensent 12 milliards de shilling », a-t-il questionné, faisant allusion  à Raila Odinga qui aurait obtenu une importante contribution financière de ses partisans pour sa participation au nouveau scrutin, et qui n'a presque pas battu campagne.
 
On s'achemine donc, vers une reconduction pure et simple du président sortant, qui, envers et contre tous, est déterminé à arracher un autre mandat, y compris par la force. A moins d'une énième rétractation de Odinga, qui annoncerait son retour dans la course, un peu comme il l'avait fait en août en saisissant –sous la pression de la communauté internationale- la Cour Suprême pour l'arbitrage du contentieux électoral, après avoir refusé à maintes reprises de le faire parce que cette institution était soupçonnée d'être à la solde du président sortant. Ce qui ne s'est d'ailleurs pas avéré comme la suite l'a démontré.
 
En effet, un retour sur scène de Odinga  pourrait bien se justifier par le changement de donne survenu cet après-midi. Car au moment où il décidait de jeter l'éponge, la loi en vigueur, suivant  un arrêt de la Cour suprême de 2013, voulait que « tout retrait d'un des deux candidats avant le déroulement d'un nouveau scrutin entraîne l'organisation d'une nouvelle élection ».
 
Changer les règles du jeu pendant le jeu comme l'ont fait Kenyatta et ses députés est une entorse à la fois à la morale communément admise et à la loi, à laquelle son adversaire serait bien fondé de répondre de répondre par une autre qui veut que quand on a démissionné, on s'en tient à ça ! 

Ndam Njoya Nzoméné
 

: Afrique Monde