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Kenya : Montée de tensions socio-politiques à 3 semaines de la présidentielle. L'université de Nairobi fermée

2017-10-05 01:04:57 - Ceux qui doutaient encore du degré de ridicule auquel peuvent arriver certains chefs d'Etats africains pour parvenir à leur fin unique et essentielle qu'est la conservation du pouvoir à tout prix, peuvent se raviser après l'initiative du président kényan de modifier la loi électorale de son pays à moins d'un mois de la tenue de l'élection présidentielle prévue pour le 26 octobre.

Déclaré vainqueur de l'élection du 08 août dernier que la Cour Suprême du Kenya avait finalement annulée le 1er septembre, pour causes d'irrégularités enregistrées dans la gestion du scrutin et des résultats par la Commission électorale, le président sortant du Kenya, Uhuru Kenyatta, est aujourd'hui en train de s'activer pour perpétrer un innommable coup de force contre la démocratie kényane qui l'a porté au pouvoir en 2013.  
 
Alors qu'il a opposé jusqu'ici une catégorique fin de non-recevoir aux exigences de l'opposition relatives au remaniement en profondeur de l'équipe dirigeante de la Commission nationale électorale indépendante (IEBC), le président kényan, à travers son parti, Jubilee, a annoncé en milieu de semaine dernière sa volonté d'apporter des modifications à la loi électorale. Au nombre des amendements proposés, un, carrément loufoque, voudrait simplement que les résultats recueillis manuellement primer sur ceux recueillis grâce au dispositif électronique. 
 
Une proposition indécente qui a le don de rompre l'ambiance bon enfant qui prévalait jusqu'ici dans le cadre des discussions entre le parti au pouvoir et l'opposition en vue d'assurer la bonne tenue des élections du 26 octobre, conformément à la Constitution du pays et en prenant en compte les revendications des parties engagées.
 
L'autre amendement proposé par le parti de Kenyatta et auquel celui-ci semble tenir comme s'il s'agissait d'une nécessité vitale, est la possibilité de remplacer le président de la Commission électorale par son vice-président en cas d'absence. Sur ce point précis, et eu égard à certains antécédents récents, des observateurs supposent que Uhuru Kenyatta qui a le pouvoir de nommer et de démettre les dirigeants de ladite commission prépare l'opinion au limogeage prochain –imminent serait le mot juste- du président de la Commission électorale, Wafula Chebukati, qui a effectué une sortie tonitruante au cours de la première décade de septembre, en adressant une demande d'explications au Directeur général de cet organisme, Ezra Chiloba, relativement aux fraudes et irrégularités avérées dans la conduite des élections, telles que constatées par la Cour Suprême quelques jours auparavant. Des partisans du régime avaient vite fait de le soupçonner d'avoir pactisé avec l'opposition. Une tendance qui a depuis fait son chemin. 
 
En réaction à la tentative du pouvoir de manipuler la loi électorale, l'opposant Raila Odinga a appelé les citoyens à manifester pacifiquement contre ce qu'il a appelé une attaque contre la démocratie et la Constitution, et à « résister à la tentative de ramener le Kenya à l'époque de la dictature du parti unique ».
 
Ce sont des lendemains incertains qui s'annoncent donc pour le Kenya où ce mardi, l'université de Nairobi a été fermée et ses étudiants expulsés suite aux manifestations - en rapport avec l'élection à venir du 26 octobre - qui s'y déroulent depuis la semaine dernière.
 
En effet, les étudiants de l'arrestation de l'université de Nairobi ayant eu du mal à digérer l'arrestation et l'inculpation pour « outrage au chef de l'Etat » d'un ex-président de l'Organisation des étudiants, Babu Owino, élu député sous les couleurs du Mouvement démocratique orange (ODM) de l'opposant Raila Odinga, lors des élections générales du 8 août, ont déclenché des manifestations depuis la semaine dernière, pour obtenir sa libération. Mais celle-ci ont été brutalement réprimées par la police qui a argué qu'un partisan du président Kenyatta avait été aussi mis en détention pour incitation à la haine.
 
Lundi soir et ce matin, les étudiants sont revenus à la charge, obligeant les autorités académiques à décider de la fermeture temporaire de l'institution, alors que les examens étaient annoncés.
 
C'est dire que, tout optimisme gardé, ça promet du grabuge ! A moins que le pouvoir ne se ravise et consente à jouer franc-jeu. 
 
Ndam Njoya Nzoméné
 
 

: Afrique Monde