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Kenya : La Cour suprême met à nu la Commission électorale malgré les menaces … du régime Kenyatta

2017-09-21 00:30:23 - Environ quatre heures d'horloge ! C'est le temps qu'il a fallu à la vice-présidente de la Cour suprême du Kenya, la juge Philomena Mwilu, pour déballer les "perturbantes, voire saisissantes révélations" qui ont amené la plus haute juridiction de son pays à annuler la dernière élection présidentielle qui avait débouché, dans un premier temps, sur la proclamation par la Commission électorale (IEBC), de la victoire du candidat président sortant, Uhuru Kenyatta, malgré les protestations de l'opposition conduite par son candidat Raila Odinga. 

La Cour Suprême du Kenya dont le président, David Maraga, a publié dans la presse une déclaration mettant en garde ceux qui seraient tentés d'attenter à la vie de ses membres, est passée outre les menaces planant sur la vie de ceux-ci, pour rendre publiques les motivations de sa décision du 1er septembre dernier annulant l'élection présidentielle du 08 août 2017.
 
Selon la Vice-présidente de la haute institution judiciaire, la juge Philomena Mwilu, qui lisait mercredi les motifs de l'annulation du scrutin pour manque de "transparence et de fiabilité",  « …l'élection présidentielle de 2017 n'a pas été menée conformément aux principes énoncés dans la Constitution et la loi sur les élections. Elle n'a été ni transparente, ni vérifiable. ». Conséquence, « Concernant ce seul motif, et sur la base de l'interprétation que nous avons donnée à l'article 83 de la Loi électorale, nous n'avons eu d'autre choix que de l'annuler. ».
 
Philomena Mwilu n'est pas allée du dos de la cuiller pour admonester la Commission électorale du pays (IEBC) et son président, indexés pour avoir donné des résultats avant d'avoir reçu tous les procès-verbaux, et pour n'avoir pas respecté la décision de justice qui lui ordonnant de permettre aux enquêteurs d'accéder à ses serveurs informatiques.
 
Les "7 sages" de la Cour dont la bravoure a été vivement saluée en milieu d'après-midi de mercredi ont rendu le texte de l'exposé des motifs de l'annulation de la présidentielle du 08 août dernier, dans un contexte de terribles pressions de la part du régime en place – avec en tête le président Uhuru Kenyatta, qui a brillé ces dernières semaines par des déclamations sordidement violentes et malveillantes contre la Cour Suprême -. 

« Victoire volée » ?
 
Jusqu'à hier mardi, soit la veille de de la publication des motifs de la Cour, des militants du parti au pouvoir (le Jubilee), sans doute à l'instigation de leurs leaders, ont continuer de faire pression sur les juges à travers des marches de protestation jusque devant le siège de la Cour Suprême, qu'ils ont accusée d'avoir « volé » la « victoire » de leur champion « victoire volée ». 
 
Les marcheurs qui ont été mollement dispersés par la police ont dénoncé la collusion des juges avec l'opposition, et exigé la démission de deux membres de l'instance judiciaire qui ayant conspiré, selon eux, pour annuler la victoire électorale de Kenyatta.
 
Toute cette agitation s'est finalement révélée une tempête dans un verre d'eau, puisqu'au final la position de la Cour suprême est restée invariable, même si le danger des représailles sur les personnes de ses membres n'est pas pour autant écarté, les partisans de Uhuru Kenyatta ayant annoncé une riposte dont ils n'ont pas cependant précisé la nature. 
 
A ce propos, l'organisation de défense des droits de l'homme Human Rights Watch (HRW) a appelé mercredi la police à assurer la sécurité du personnel judiciaire après la mise en garde faite par le président de la Cour suprême, suite aux manifestations et menaces visant son institution. 
 
Selon Otsieno Namwaya, chercheur au sein de HRW, qui a demandé à la police de « prendre des mesures immédiates pour prévenir la violence et répondre de manière urgente à la demande du président de la Cour suprême de protéger les membres de la magistrature », « La rhétorique hostile et l'escalade des tensions au Kenya avant la décision finale de la Cour suprême sur l'annulation de l'élection présidentielle du 8 août sont une source de préoccupation grave ».
 
Ndam Njoya Nzoméné
 
 

: Afrique Monde