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Enquête internationale au Kasaï : l'ONU donne 48 heures à Kinshasa

2017-06-07 23:48:28 - La 35ème session du Haut Commissariat des Nations Unies aux Droits de l'Homme s'est ouverte hier mardi 06 juin 2017 à Genève, en Suisse, sur un ton menaçant de Zeid Ra'ad Al Hussein, responsable de cette institution, à l'égard des autorités de Kinshasa.

Sans mâcher ses mots, il a donné un ultimatum de 48 heures – qui court jusqu'au jeudi 08 juin – au gouvernement congolais, pour fixer les Nations Unies sur le principe d'une « enquête conjointe » en rapport avec les violences dans le Grand Kasaï en général et le cas du double assassinat, en mars dernier, de Michael Sharp et Zaina Catalan, deux experts onusiens.
 
A défaut d'une suite favorable et urgente de la part de Kinshasa, a fait savoir le Haut Commissaire des Nations Unies aux Droits de l'Homme, il va prendre ses responsabilités et décréter la mise sur pied d'une commission enquête internationale. Selon ce haut responsable onusien, Kinshasa aurait rendu volontairement inaccessibles aux observateurs étrangers, les zones sensibles où ont été commis et continuent de se commettre des massacres et violences de toutes sortes.
 
A son avis, la situation sécuritaire est fort préoccupante dans l'espace kasaïen, avec l'existence de 43 fosses communes, le bilan 400 morts (le député Sessanga a chiffré les morts à 3.304), plus de 1.300.000 déplacés, dont plus de 30.000 réfugiés recensés en Angola.
 
A défaut d'une suite favorable et urgente de la part de Kinshasa, a fait savoir le Haut Commissaire des Nations Unies aux Droits de l'Homme, il va prendre ses responsabilités et décréter la mise sur pied d'une commission enquête internationale. Selon ce haut responsable onusien, Kinshasa aurait rendu volontairement inaccessibles aux observateurs étrangers, les zones sensibles où ont été commis et continuent de se commettre des massacres et violences de toutes sortes.
 
Zeid Ra'ad a fait remarquer qu'au moment où se tenait la 35me session de son institution, le Grand Kasaï était toujours le théâtre des violences et massacres, avec comme circonstance aggravante l'usage disproportionné de la force par l'armée et la police nationale dans la chasse aux miliciens Kamuina Nsapu.
 
Les Américains exigent une « enquête spéciale »
 
Les Etats-Unis d'Amérique tiennent aussi, de leur côté, à connaître la vérité dans les violences qui secouent le Grand Kasaï depuis le mois d'août 2016, surtout après le double assassinat de leur ressortissant Michael Sharp, et de la Suédo-chilienne Zaina Catalan.
 
C'est dans cette optique que Mme Nikki Haley, leur ambassadeur aux Nations Unies, a saisi formellement, le lundi 05 juin 2017, le Secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, d'une demande expresse d'une « enquête spéciale » sur ces deux crimes mais aussi sur d'autres massacres enregistrés dans cette partie de la République Démocratique du Congo.
 
Selon les us et coutumes de cette institution planétaire, le Secrétaire Général est l'unique autorité habilitée à donner ou non son feu vert à pareille requête. D'où l'attente impatiente de Washington à la suite à réserver à sa démarche.
 
C'est le lieu de relever que la singularité d'une « enquête spéciale » est qu'elle devrait inclure des investigations criminelles à grande échelle. En d'autres termes, les enquêteurs devraient ratisser large sur le terrain pour connaître les causes profondes des violences dans l'espace kasaïen, identifier les commanditaires et les exécutants, en vue de traduire les présumés coupables devant une juridiction internationale indépendante et de mettre fin à l'impunité.
 
C'est le lieu de relever que la singularité d'une « enquête spéciale » est qu'elle devrait inclure des investigations criminelles à grande échelle. En d'autres termes, les enquêteurs devraient ratisser large sur le terrain pour connaître les causes profondes des violences dans l'espace kasaïen, identifier les commanditaires et les exécutants, en vue de traduire les présumés coupables devant une juridiction internationale indépendante et de mettre fin à l'impunité.
 
Dans le souci sans doute de sensibiliser la communauté des nations à leur initiative, les USA ont chargé leur ambassadeur, Nikki Haley de se rendre à Genève, au siège du Commissariat général des Nations Unies aux Droits de l'Homme, en vue de mener un plaidoyer en faveur de la mise sur pied urgente d'une commission d'enquête internationale sur les massacres au Grand Kasaï. Il s'agit pratiquement d'une porte ouverte car le Haut Commissariat des Nations Unies aux Droits de l'Homme a anticipé en exigeant de Kinshasa une réponse urgente et claire à la demande d'ouverture d'une enquête internationale. A toutes fins utiles, elle a introduit une autre requête hier mardi 06 juin 2017 pour exiger la lumière sur les violences qui touchent le centre de la République Démocratique du Congo.
 
Certes, la réponse du Secrétaire général des Nations Unies reste une grande inconnue mais il y a un fait connu : l'hostilité de Kinshasa à toute immixtion étrangère dans le dossier des massacres du Kasaï, en instruction depuis le lundi 05 juin au niveau du Tribunal militaire de garnison de Kananga.
 
D'ores et déjà, les autorités congolaises avaient fait savoir aux organisations internationales et pays réclamant à cor et à cri la mise sur pied d'une commission d'enquête internationales qu'elles s'y opposaient de la manière la plus ferme, estimant la justice congolaise suffisamment outillées pour éclairer l'opinion tant nationale qu'internationale non seulement sur l'assassinat des experts américains mais aussi sur le feuilleton des violences au Grand Kasai.
 
Entre Kinshasa et la communauté internationale, le bras de fer ne fait que commencer, pourrait-on dire. Quant à savoir comment l'affaire va se terminer, personne n'ose risquer un pronostic. On retient tout au moins que la Cour Pénale Internationale semble prête à entrer en jeu, au moindre signal des Nations Unies.
 
Le ministre Léonard She Okitundu des Affaires Etrangères avait martelé, à ce propos, qu'autoriser une enquête internationale serait jeter le discrédit sur la justice militaire congolaise.
 
Mais du côté des partenaires de la RDC, on ne fait pas confiance à la justice militaire congolaise, que l'on accuse d'avoir bâclé l'enquête préliminaire et d'avoir ouvert un procès sans la participation de vrais commanditaires et auteurs des massacres décriés au Grand Kasai.
 
Entre Kinshasa et la communauté internationale, le bras de fer ne fait que commencer, pourrait-on dire. Quant à savoir comment l'affaire va se terminer, personne n'ose risquer un pronostic. On retient tout au moins que la Cour Pénale Internationale semble prête à entrer en jeu, au moindre signal des Nations Unies. La perspective de la délocalisation du procès des présumés parrains et auteurs des crimes dans l'affaire Kamuina Nsapu n'enchanterait pas Kinshasa, car cela pourrait amener à l'ouverture de la boîte de Pandore, avec des acteurs de la trempe du député Clément Kanku, qui a commencé à donner de la voix et à tirer dans le tas. Il est à espérer que tous ceux qu'ils citent dans les médias vont s'organiser pour la riposte.
 
lephare
 

: Afrique Monde