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Mali : La France a perdu la guerre au Mali

2017-05-18 21:45:45 - Emmanuel Macron, qu se rend au Mali en fin de semaine, va-t-il se livrer à une révision déchirante de la politique française au Sahel? Beaucoup de voix autorisées en France le souhaitent désormais.

C’est une véritable poudrière que devrait découvrir à Bamako le nouveau président de la République, Emmanuel Macron, lors du voyage express qu’il a prévu au Mali en fin de semaine. Par chance, cette situation totalement détériorée, commence à être dénoncée au Quai d’Orsay et même dans les rangs de l’armée française.
 
Une voix aussi autorisée que celle de l’ancien patron de la DGSE (services français), Jean Claude Cousseran, dont on dit qu’il a aujourd’hui ses entrées à l’Elysée, explique dans « le Canard Enchainé » de cette semaine que « le Mali sera l’Afgahnistan de la France ». A droite, le monsieur sécurité de Nicolas Sarkozy, Bernard Squarcini, a toujours estimé, lui aussi, que les Français s’enliseraient rapidement au Mali après une intervention armée qui ne s’est jamais accompagné d’une solution politique.  »
 
On a laissé les clés de l’appartement témoin d’un immeuble qui est encore en construction, résume-t-il avec un art consommé de la formule, puis on s’en va le plus rapidement possible, avant que le bâtiment entier ne s’effondre ».
Du coté des ONG, l’option strictement guerrière choisie par la France face au terrorisme perd visiblement du terrain.« Les opérations militaires seules ne suffiront pas à tirer le Sahel de ce bourbier », note Corinne Dufka de Human Rights Watch.
 
Des touaregs ignorés
 
En effet à peine terminée l’opération Serval, les élections présidentielles bâclées de l’été 2013 avaient porté au pouvoir Ibrahim Boubacar Keïta, dit IBK, un politicien roublard et corrompu, incapable de tendre la main aux Touaregs du Nord, mais il est vrai membre de l’Internationale socialiste et donc ami de la France de Hollande, Valls et Le Drian.
 
Quatre ans après le début de l’opération Serval, il faut se rendre à l’évidence. L’intervention militaire française de janvier 2013, destinée à stopper l’avancée des groupes terroristes, a échoué à les déloger du Nord Mali, point névralgique de la crise sécuritaire malienne. Dans cette zone de non droit, les islamistes violents proches d’Al-Qaida se déplacent comme des poissons dans l’eau. Dans la vie quotidienne, des groupes djihadistes imposent la loi coranique, comme le prouve la lapidation d’un couple non marie dans la zone de Kidal (voir ci dessous contre notre enquête).
 
Silence dans les rangs
 
Tout aussi grave, les attentats se multiplient, même si l’armée française veille à étouffer le moindre incident et continue, sous l’autorité de l’ancien ministre de la Défense, jean Yves Le Drian, aujourd’hu promu, à imposer une version optimiste et béate de la sitaution au Sahel.
 
Revendiqué par le groupe Al-Mourabitoun très actif au Sahel, l’attentat suicide qui a eu lieu au début de l’année contre un camp militaire du Nord Mali avait fait 70 morts. De ces morts là, on ne parle qu’à peine à Paris et Washington, parceque ce sont des soldats africains qui sont tués. Ces attentats et bien d’autres témoignent d’une situation sécuritaire totalement détériorée. Et l’insécurité est désormais présente également dans le Sut et au centre du pays, ce qui n’était pas le cas au moment de l’opération Serval.
 
Hélas, ce dossier malien aura été à peine évoqué pendant la campagne présidentielle, sinon pour se glorifier, tous candidats confondus, de l’admirable politique sécuritaire française au Sahel. Or l’héritage de François Hollande est, comme dans bien d’autres domaines mais plus encore au Mali, calamiteux.
 
Il est minuit moins une, docteur Macron, pour sauver ce qui peut l’être de la présnce française dans cette partie du monde.
 
Par Nicolas Beau (Mondafrique)

: Afrique Monde