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Guyane : les délégués des manifestants décident d'occuper le Centre spatial à Kourou

Des milliers de Guyanais se sont dirigés le 4 avril à Kourou vers le Centre spatial guyanais, d'où décollent les fusées Ariane. La trentaine de délégués à la tête de la manifestation a pris la décision d'occuper le site. 
 
«Nous ne bougerons pas d’ici. La situation est figée, la Guyane est bloquée. Vous êtes bloqués. Nous voulons les milliards que nous avons demandés», a affirmé selon l'AFP Manuel Jean-Baptiste, un membre du collectif «Pou La Gwiyann dékolé» [«Pour que la Guyane décolle»], s’adressant directement à Didier Faivre, le 4 avril. 
 
«Vous nous dites que le CSG est un bien de la République. Nous sommes la République. Votre bien est notre bien», a-t-il ajouté. 
 
«Nous ne bougerons pas. Aucune fusée ne pourra décoller sans que nous ayons une réponse à nos revendications», a tonné Youri Antoinette, un autre membre du collectif. «Ca paraît gros un milliard, mais par rapport au retard que nous avons, ce n'est rien», a-t-il estimé. 
Le prochain lancement d'Ariane compromis 
 
Le collectif, après avoir évalué chacune de ses revendications, a revu ses exigences à la hausse. En plus du milliard annoncé le week-end du 1er avril par le gouvernement, il souhaite désormais 2,1 milliards, selon Joëlle Prévot-Madère, une autre de ses membres. 
 
Olivier Goudet, un porte-parole des 500 frères contre la délinquance, un groupe central dans le mouvement social guyanais, avait réclamé dimanche 2,5 milliards d’euros. 
 
«Le message est parfaitement compris. Mais je ne peux m'engager à rien», leur a répondu Didier Faivre, avant de s'éclipser. 
 
Plusieurs milliers de manifestants se sont dirigés le 4 avril vers le CSG, d'où décollent les fusées européennes Ariane, pour affirmer leur «détermination», après deux semaines de mouvement social d'une ampleur inédite dans le département. 
 
Aucune nouvelle date n'a été fixée pour le lancement de la fusée Ariane 5, qui devait mettre en orbite le 20 mars deux satellites pour des opérateurs brésilien et coréen. 
Sit-in géant 
 
Les manifestants, dont les revendications sont de nature sociale, économique et sécuritaire, entendent aussi protester contre les propos de Bernard Cazeneuve qui a refusé le 3 avril les exigences financières «irréalistes» de ceux qui, à Paris comme à Cayenne, «réclament des milliards». 
 
Plusieurs milliers de personnes étaient réunies depuis 9h (14h à Paris) dans cette ville symbole de la «fracture» guyanaise, où l’État, via le centre spatial, investit d'importantes sommes, quand très peu d'infrastructures «sont faites en Guyane pour la population», a expliqué Youri Antoinette, un membre du collectif organisateur. 
 
«Il faut que la voix du peuple guyanais réuni soit plus forte que celle de l’État», lançait au mégaphone Francis Nugent, artiste et enseignant guyanais. La foule, massée sur le rond-point qui mène au site du Centre spatial guyanais, répondait par des slogans : «Pas d'école, pas de décollage», «pas de santé, pas de fusée». De nombreux manifestants arboraient un t-shirt noir portant l'inscription «Nou bou ké sa» [«On en a marre»]. 
 
Le 3 avril, le Premier ministre avait appelé à «poursuivre le dialogue» en Guyane, à l'issue d'une réunion rassemblant une bonne partie du gouvernement sur la situation dans cette collectivité. Au niveau financier, «je ne m'engagerai que sur ce quoi je sais pouvoir tenir», avait-t-il expliqué, douze membres du gouvernement à ses côtés, dont la ministre des Outre-mer, Ericka Bareigts, et le ministre de l'Intérieur, Matthias Fekl, de retour de Guyane. 
 
Bernard Cazeneuve s'exprimait au lendemain de l'ultimatum des responsables du mouvement, qui avaient exigé dimanche 2,5 milliards d'euros «tout de suite». Il a détaillé le plan de plus d'un milliard d'euros proposé par le gouvernement, dont les engagements doivent être «actés» le 5 avril en Conseil des ministres. 
 
Sur le barrage de Kourou empêchant l'accès au Centre spatial guyanais, une grande banderole était brandie lundi soir : «2 milliards 5 à justifier ? La France exploite toutes nos richesses et ne nous laisse que des miettes». 
 
Pas satisfaits 
 
Le collectif «Pou La Gwiyann dékolé», qui regroupe l'ensemble des mouvements protestataires, avait annoncé le 2 avril un durcissement de la mobilisation, expliquant rentrer «dans un rapport de force avec l’État». 
 
Le lendemain, à Cayenne, le mouvement des «500 frères contre la délinquance» avait ordonné aux magasins de baisser leurs rideaux, des membres du groupe, en pointe dans le mouvement social, circulant pour s'assurer de la bonne exécution de la consigne, a constaté un journaliste de l'AFP. 
 
Ericka Bareigts, peu avant de quitter la Guyane le 2 avril, avait exhorté les représentants du collectif à rapidement «graver dans le marbre le travail» engrangé «ensemble» après la présentation d'un document en cinq points. 
 
Des accords sectoriels ont également été conclus notamment sur «l'économie», «l’agriculture», «le BTP», «les activités minières» ou encore «les communautés amérindiennes et bushinengue», d'après ce texte. 
 
«C'est pas mal, mais ce n'est pas encore assez», avait commenté Mickaël Mansé, porte-parole des «500 frères». Et d'affirmer que la fusée Ariane 5 «restera au sol tant que la Guyane ne décollera pas». 
 
Air France après avoir annulé le 3 avril son vol direct de Paris pour la Guyane a de nouveau annulé le vol prévu le lendemain. En revanche, le vol reliant l’aéroport de Paris-Orly à la Guyane prévu le 5 avril est maintenu. 
 
Le mouvement social d'ampleur inédite que connaît ce vaste territoire d'Amérique du sud (83 000 km2), situé à 7 000 km de Paris, est basé sur des revendications sécuritaires, économiques et sociales, ainsi que sur la méfiance face à l’État, accusé de sous-investissement depuis des décennies. «Pou La Gwiyann dékolé» avait aussi demandé le 1er avril «un statut particulier pour la Guyane». 
 
RT
 

: Afrique Monde