Nombre total de visites : 3310614
Aujourd'hui : 672
En ligne actuellement : 3

CAF : Comment Ahmad Ahmad a détrôné Issa Hayatou

2017-03-17 16:14:11 - A l'échelle du football africain, il s'agit d'un tremblement de terre : jeudi à Addis-Abeba, Issa Hayatou a été délogé par l'AG élective de la CAF de la présidence de l'instance panafricaine, qu'il occupait depuis 1988, par le Malgache Ahmad Ahmad. Voici comment ce dernier a construit cet inattendu succès.

UNE CANDIDATURE PRISE DE HAUT
 
13 janvier 2017 : à la veille de l'ouverture de la CAN 2017, le président de la Fédération malgache de football, un certain Ahmad Ahmad, annonce sa candidature à la présidence de la Confédération africaine de football. L'information fait sourire beaucoup d'observateurs, tant la lutte semble inégale, entre ce patron de Fédération, apparu récemment dans les cercles dirigeants du football africain, et l'omnipotent Issa Hayatou, en course pour un huitième mandat consécutif. Quelques heures plus tard, comme pour tuer dans l'œuf cette effronterie, le comité exécutif de la CAF retire à Madagascar l'organisation de l'édition 2017 de la CAN des moins de 17 ans pour impréparation. Loin de couper ses ailes, cette mesure de rétorsion va galvaniser Ahmad Ahmad, qui ne cessera d'engranger des soutiens au cours de sa campagne méthodique.
 
DES SOUTIENS RÉSOLUS
 
Bravant l'interdiction de la CAF, la COSAFA (Conseil des associations d'Afrique australe), forte de 14 pays membres, se réunit le 11 février à Johannesburg et apporte un soutien sans réserve à Ahmad Ahmad. Son nouveau président, le Zimbabwéen Phillip Chiyangwa reçoit par la suite un avertissement écrit de la CAF pour « tentative de déstabilisation ». Dans l'ensemble, même si la Zambie serait restée fidèle au sortant, ces nations seront le meilleur allié d'Ahmad. Elles ne seront pas les seules. Le président de la Fédération djiboutienne, Souleiman Hassan Waberi, appellera à voter Ahmad, tout comme son homologue nigérian, Amaju Pinnick. Ce dernier se fera publiquement tancer par sa tutelle, au nom des bonnes relations entre Lagos et Yaoundé dans la lutte contre la secte Boko Haram (!), mais rien n'y fera : parfois réélu sans opposition, Hayatou devra non seulement faire avec un candidat d'opposition mais aussi voir celui-ci engranger des soutiens publics. Un tabou était tombé.

L'OMBRE PROTECTRICE DE LA FIFA
 
Officiellement neutre, la FIFA a vu d'un œil bienveillant la candidature d'Ahmad Ahmad. Alors que son prédécesseur Sepp Blatter entretenait depuis les années 2000 des relations cordiales avec Issa Hayatou, Gianni Infantino ne donne aucune indication sur son choix, et choisit en majorité des pays réputés favorables à Ahmad Ahmad. Le grand patron du football mondial fait étape au Swaziland, au Zimbabwe, en Ouganda, au Rwanda, au Tchad, au Ghana, au Niger et en Mauritanie. Sa présence, à la rencontre des présidents de Fédérations d'Afrique australe, ne laisse pas planer le moindre doute sur sa préférence pour le Malgache, dont certains des thèmes de campagne (par exemple redonner davantage de pouvoir aux Fédérations au détriment de la Confédération) ressemblent à s'y méprendre à ceux qui valurent son élection à Infantino, non soutenu alors par la CAF qui préférait le Cheikh Salman...
 
UN PROGRAMME MIEUX DÉFENDU
 
Et si le pire ennemi Issa Hayatou dans cette quête d'un huitième mandat avait été issa Hayatou lui-même ? Sûr de son pouvoir, isolé par une cour trop protectrice, le vieux dignitaire camerounais n'a guère fait campagne, se contentant de mettre en avant son bilan financier. Parler ainsi de gros sous s'avèrera un argument à double tranchant. « Je ne suis pas candidat pour servir mes ambitions personnelles mais pour assurer que chacun de vous puisse s'exprimer librement et participer à ce futur du football africain », lâchera Ahmad Ahmad à l'endroit de son adversaire, souvent critiqué pour sa pratique du clientélisme et du népotisme.
 
Par Jacques Juillard -sports.orange

: France Monde