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Catastrophe ferroviaire : le rapport qui accable Bolloré au Cameroun

2017-02-22 11:30:39 - Constitué par la réquisition N° 001618 du 11 novembre 2016 pour établir les responsabilités dans le drame d’Eséka, l’expert Benoit Essiga a déjà bouclé son rapport et l’a remis au président de la République du Cameroun. Ce document que nous avons consulté donne des détails sur la série de disfonctionnements ayant conduit au drame.

Le brûlot de Benoit Essiga qui s’ouvre par une introduction et s’achève par une conclusion est subdivisé en 9 parties. Les sept premières sont essentiellement techniques. On y découvre que le drame d’Eséka était prévisible voire inéluctable. Selon le rapport, le système de freinage du train était défaillant à plusieurs égards.
 
En effet, apprend-on, un train en état normal de fonctionnement dispose de deux systèmes de freinage complémentaires : le freinage pneumatique et le freinage rhéostatique. Après avoir consulté le carnet de bord du « train de la mort », Benoit Essiga affirme que le freinage rhéostatique « était hors d’usage depuis plusieurs mois ». Et les responsables de Camrail le savaient. Le chauffeur Yedna Mathias Lewis avait à plusieurs reprises attiré l’attention de sa hiérarchie sur cette défaillance majeure, révèle l’expert. Il poursuit : « en quittant la gare de Yaoundé, le train ne disposait que du système de freinage pneumatique, ce qui est d’ailleurs contraire aux prescriptions du constructeur de ce matériel ».
 
Après avoir effectué des descentes sur le terrain, consulté les documents de transport et interrogé les personnes impliquées dans la chaîne de décision à Camrail, l’expert Essiga a intitulé la huitième partie de son rapport comme suit : « Chaîne de responsabilité, niveau, responsables concernés, fonctions et décisions prises ». Il ouvre la liste des responsables du drame d’Eséka par le nom du principal responsable de la société ferroviaire. Ainsi, écrit-il, «  M. Didier Vandenbon, directeur général de Camrail est le premier [responsable du drame] pour avoir présidé personnellement une réunion dite de crise avec ses plus proches collaborateurs, et ordonné à la suite de cette réunion le prélèvement direct des 08 voitures CSR du 192 en gare de Yaoundé le 21/10/2016 ».
 
En deuxième position sur l’échelle des responsabilités, M. Olivier Kounfiet, Directeur de transport (DT). Selon le rapport, le DT a « participé activement à la réunion ci-dessus, a répercuté pour exécution les décisions/conclusions de cette réunion au Permanent exploitation ». Puis, vient M. Dieudonné Gaibai, Directeur Mobirail. « Il a ordonné à des guichetières à Yaoundé de prendre place à bord du 152 VE en renfort pour délivrer les tickets de voyage en cours de transport aux voyageurs surchargés ».
 
Et de poursuivre : « Monsieur Dicka Eyoum Guillaume, Coordex/centre a, sans aucune consigne réglementaire écrite, ordonné la modification de la composition du 152VE par adjonction directe en gare de Yaoundé de 08 voitures CSR, a personnellement dirigé les opérations et manœuvres pour réaliser cette modification ». Monsieur Albert Nyake Makake, Permanent exploitation a « ordonné au conducteur la violation de l’article 201 de l’IGS 7.0. »
 
Le conducteur du train qui est sorti indemne du drame du 21 octobre est rattrapé par le rapport Essiga qui l’indexe en ces termes «  M. Yedna Mathias Lewis, conducteur de trains est  co-auteur de la violation de l’article 201 de l’IGS 7-0. Il s’est en outre engagé à conduire le train 152VE du 21/10/2016 en pleine conscience du danger pour les passagers ».
Dans le souci officiel de faire la lumière sur la catastrophe ferroviaire du 21 octobre, le président de la République avait instruit une enquête et quatre experts avaient été commis à cet effet. Après le rapport de Benoit Essiga, trois autres sont attendus. Seule la synthèse des quatre rapports permettra de dresser la liste définitive des responsables et éventuellement de les sanctionner.
 
Ancien employé de la défunte Régie nationale des chemins de fer du Cameroun (Regifercam), Benoit Essiga est syndicaliste. Il a présidé aux destinées de la Confédération générale des travailleurs.
 
En 1999, le groupe Bolloré a racheté la Régie nationale des chemins de fer du Cameroun (Regifercam) qu’il a aussitôt rebaptisé Camrail. Au Cameroun, outre le transport ferroviaire (Camrail), le Groupe Bolloré est présent dans le bois à travers la Société d’exploitation des Parcs à Bois du Cameroun (SEPBC). Le groupe étend ses tentacules dans l’agro-industrie où il possède d’immenses plantations (Safacam). Sans oublier le transit (Saga-SDV), et la gestion du port de Douala et Kribi. Une véritable pieuvre aux milles tentacules !
 
Source : Le Jounal de l’Afrique no.29, Investig’Action 

: Afrique Monde