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USA : Pourquoi la France se ridiculise-t-elle à l'ONU ?

2017-02-16 11:24:12 - Candidat au poste de directeur général de l'OMS, Philippe Douste-Blazy a été blackboulé. Ségolène Royal n'aura guère plus de chance pour prendre la tête du PNUD.

Et François Fillon, s'il est battu aux élections présidentielles, vous voulez le recaser où ? » ironise-t-on dans les couloirs du palais des Nations unies à Genève. Car la France, depuis plusieurs années, s'est fait remarquer en tentant de recycler ses « has been » de la politique nationale dans les organisations internationales. Avec fort peu de succès. En 2007, Bernard Kouchner, ancien ministre des Affaires étrangères et de la Santé, est candidat au poste de l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Il n'est même pas retenu dans la liste restreinte de cinq candidats – choisis parmi une petite dizaine de postulants – comme il est de coutume lorsqu'un pays du Conseil de sécurité de l'ONU présente un candidat. Un an plus tôt, Bernard Kouchner s'était déjà vu refuser le poste de Haut Commissaire pour les réfugiés.
 
Cette année, Philippe Douste-Blazy, également ancien ministre des Affaires étrangères et de la Santé, n'a pas eu beaucoup plus de chance. Alors que la presse française en faisait l'un de ses favoris, il n'a pas été retenu parmi les trois candidats pour l'élection prévue en mai. Les 34 membres du conseil exécutif de l'agence des Nations unies ont présélectionné un Éthiopien, un Britannique et une Pakistanaise. Pour se positionner, Philippe Douste-Blazy avait mis en avant sa nomination de « conseiller spécial » auprès du secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, avec rang de secrétaire général adjoint. Au siège de l'OMS, avenue Appia à Genève, il n'a impressionné personne : les conseillers spéciaux se comptent par dizaines… Autre indélicatesse, rappelée par M, le magazine du Monde, Philippe Douste-Blazy avait aussi « fait lui-même circuler son nom pour le prix Nobel de la paix », engageant un cabinet de relations publiques en Norvège.
 
Quand la France se débarrassait de Charles Millon
 
Bref, la France agit comme si les Nations unies n'étaient pas capables de saisir que Bernard Kouchner comme Philippe Douste-Blazy étaient devenus des « tricards » dans leur propre pays. Comme si les organisations internationales n'avaient pour vocation que d'offrir des parachutes dorés à des préretraités (Douste-Blazy a eu 64 ans en janvier, Kouchner avait 68 ans en 2007). Sans oublier Charles Millon, élu grâce aux voix du Front national à la tête de la région Rhône-Alpes. Pour qu'il débarrasse le plancher à Lyon, la France avait favorisé en 2003 (il avait alors 58 ans) sa nomination comme représentant permanent à Rome de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture.
 
« Tout en poussant la candidature de Philippe Douste-Blazy à l'ONU, Paris a avancé celle de Ségolène Royal, ministre de l'Écologie et ancienne compagne de François Hollande, à la direction du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD). La France ne sait-elle pas que deux postes aussi importants ne peuvent être attribués à un même pays en même temps ? » s'étonne Alain Jourdan, correspondant à l'ONU de La Tribune de Genève (1). Un manque de tact incompréhensible. « Tout le monde sait qu'au niveau des organisations internationales, il faut marchander : Tu me donnes ce poste et je te laisse tel autre. On n'arrive pas brutalement avec de gros sabots, il faut caresser dans le sens du poil. De plus, contrairement à Douste-Blazy, le candidat britannique était déjà dans le circuit : il travaillait à l'OMS depuis dix ans », souligne un habitué du palais des Nations à Genève.

L'entrisme des Américains à l'ONU
 
Les compétences des candidats français ne sont pas forcément en cause. On leur reproche davantage leur arrogance. Ils débarquent, persuadés que leur nomination ne sera qu'une formalité. Paris lorgne également sur la présidence du Conseil des droits de l'homme pour le mandat 2018-2020. Mais au lieu de laisser Jean-Marc Ayrault, ministre des Affaires étrangères, et ancien Premier ministre, monter au créneau, on laisse Harlem Désir, le très transparent secrétaire d'État chargé des affaires européennes, faire le « job » !
 
Plus grave encore : la France se contente de sortir de temps en temps d'un chapeau un homme politique sur le retour afin de le placer à la tête d'une organisation internationale. En revanche, elle ne cherche jamais à accompagner la promotion de hauts fonctionnaires français à l'ONU, qui, eux, se maintiennent en poste pendant cinq, dix, ou quinze ans. De quoi acquérir une vraie influence. « Les Français font tout le contraire des Américains qui favorisent leurs ressortissants non seulement à de hautes fonctions, mais aussi à des postes intermédiaires », constate le sociologue suisse Jean Ziegler. Il a été rapporteur spécial pour le droit à l'alimentation, puis vice-président du comité consultatif du Conseil des droits de l'homme. Dans son dernier livre, Chemins d'espérance (2), il constate que « sur les dix postes de directeurs, quatre sont occupés par des Américains ». Sans oublier les doubles nationaux, soudanais ou iraniens, qui possèdent également un passeport américain.
 
(1) « Hollande veut recaser Ségolène Royal à l'ONU », La Tribune de Genève, 2 décembre 2016
 
(2) Seuil, octobre 2016, 261 pages.

Le Point

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